LETTRE XIV.
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sance angevine, et à qui ses incursions nocturnes dans lesbourgs de l’Anjou avaient fait donner le surnom bizarreet énergique d’Éveil-Chiens. Comme vassaux du duc deNormandie, les Manceaux fournirent sans résistance leurcontingent de chevaliers et d’archers ; mais quand ils levirent occupé des soins et des embarras de la conquête,ils songèrent à s’affranchir de la domination normande.Nobles, gens de guerre, bourgeois, toutes les classes dela population concoururent à cette œuvre patriotique. Leschâteaux gardés par des soldats normands furent atta-qués et pris l’un après l’autre. Turgis de Tracy et Guil-laume de la Ferté, qui commandaient la citadelle duMans, rendirent cette place et sortirent du pays avectous ceux de leurs compatriotes qui avaient échappé auxvengeances populaires.
Le mouvement imprimé aux esprits par cette insurrec-tion ne s’arrêta point lorsque le Maine eut été rendu àses seigneurs nationaux; et l’on vit alors éclater dans laprincipale ville une révolution d’un nouveau genre. Aprèsavoir combattu pour l’indépendance du pays, les bour-geois du Mans, rentrés dans leurs foyers, commencèrentà trouver gênant et vexatoire le gouvernement de leurcomte, et s’irritèrent d’une foule de choses qu’ils avaienttolérées jusque-là. A la première taille un peu lourde ,ils se soulevèrent tous et formèrent entre eux une asso-ciation jurée, qui s’organisa sous des chefs électifs etprit le nom de commune 1 . Le comte régnant était en basâge; il avait pour tuteur Geofroy de Mayenne, seigneur
1 Consiliuin inierunt qualiter ejus pravis conatibus obsisterent, nec seab eo vel quolibet alio injuste opprimi paterentur. Facta igitur conspi-ratione quam Communionem vocabant, gese omnes pariter sacramentisastringunt... (Gest. Pontifie. Cenomann., apud Script, rer. gallic. et franctc.,t. XII, p. 540.)