LETTRE XIV,
221
« présence la charte de la commune qu’ils avoient faite,« et eux ainsi firent ; et l’empereur tantôt la défit et leur« fit jurer devant tous les princes que jamais autre ne« feraient. Ainsi fut défaite cette commune, et leur fit« l’empereur jurer féauté à lui par foi et par serment »Cette seconde destructien de la commune de Cambraieut lieu en l’année H07, et, moins de vingt ans après,la commune était rétablie. On la citait au loin comme unmodèle d’organisation politique : «Que dirai-je de la« liberté de cette ville ? dit un ancien écrivain. Ni l’évêque,« ni l’empereur ne peuvent y asseoir de taxe; aucun tri-« but n’y est exigé; on n’en peut faire sortir la milice,« si ce n’est pour la défense de la ville, et encore à cette« condition que les bourgeois puissent le jour même être« de retour dans leurs maisons 1 2 . » La commune étaitgouvernée par un corps électif de magistrature, dont lesmembres avaient le titre de jurés et s’assemblaient tousles jours dans l’hôtel-de-ville, qu’on nommait la maisonde jugement. Les jurés, au nombre de quatre-vingts, separtageaient l’administration civile et les fonctions judi-ciaires. Tous étaient obligés d’entretenir un valet et uncheval toujours sellé, afin d’être prêts à se rendre, sansaucun retard, partout où les appelaient les devoirs deleurs charges 3 .
1 Chronique rte Cambrai ; Recueil des Hisl. des Gaules et de la France,t. XIII, p. 489.
2 Quid autem de libertate hujus urbis dicam? Non Episcopus, non Im-perator taxationem in ea facit: non tributum ab eaexigitur, non deniqueexercitum ex ea educit, nisi tantummodo ob defensionem urbis... ( Frag -mentumex gestis Episc. Camerac., apud ibid., p. 481, in nota.)
3 Histoire de Cambrai, p. 100. Le mot jurés sert quelquefois à désigner latotalité des membres d’une commune, et quelquefois les seuls membresdu gouvernement municipal. Ce nom tire son origine du serment que lesuns et les autres étaient obligés de prêter.