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LETTRE XIV.
« Après ce, vint l’empereur à Cambrai très-terrible-« ment; mais devant sa venue s’enfuit l’élu Eudes et« grande partie du clergé et du peuple qui se sentoit cou-« pable. Dont s’enfuirent plusieurs femmes avec leurs« enfants dans les églises et les tours, et les pucelles s’ef-« frayoient quand elles virent tant de chevaliers aile- f« mands, esclavons, lorrains, saxons. Alors fit l’empe-« reur crier que tous les habitants et les bourgeois vins-« sent en sa présence, et ils vinrent très-émus, car ils« craignoient de perdre la vie ou leurs membres, et ne« pouvoient contredire ni ne l’osoient. Lors parla l’empe-« reur très-durement à eux, et fortement les blâma, et« dit comment ils estoient si osés qu’ils avoient fait tant« de choses contre les droits de l’empire, conjuration,
« commune, nouvelles lois, et qui plus est, qu’ils avoient« reçu nouvel évêque dedans la cité, contre Dieu et contre« la seigneurie de l’empire. Quand ils ouïrent l’empereur« ainsi parler, ils furent trop épouvantés et ne savoient« qu’ils pussent répondre; et pour ce qu’ils se sentoient« coupables, ils s’humilièrent durement et crièrent à« l’empereur merci. Dont se prit le bon évêque Gaucher« très-bénignement à prier pour ses sujets, et tomba« aux pieds du roi et disoit : « Très-doux empereur, ne« détruisez pas nos bourgeois si cruellement et en si« grande sévérité, car bien les pouvez corriger avec plus« grande douceur. » Dont prièrent aussi les princes de« l’armée avec l’évêque, et disoient qu’il eût pitié de« tant de larmes. Quand ce entendit l’empereur, se relâ-« cha un peu de sa colère, et crut le conseil de l’évêque« et des princes, et ne les punit pas ainsi qu’il se propo-« soit par rigueur de justice. Cependant ne les épargna« pas du tout; car il commanda qu’ils apportassent en sa