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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XVI.

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qui venaient au marché de la ville, soit pour vendre,soit pour acheter. Ils les attiraient, sous différents pré-textes, dans leurs maisons, et les y tenaient emprisonnés,comme faisaient les seigneurs dans leurs châteaux-forts,jusqu’à ce qu’ils eussent payé rançon A ces excès com-mis par les particuliers, se joignaient les exactions tou-jours croissantes du gouvernement épiscopal, les taillesimposées arbitrairement et les poursuites judiciaires contreles gens hors d’état de payer. Les sommes d’argent ainsilevées à force de vexations, se partageaient entre lesdignitaires de l’église cathédrale et les familles nobles dela ville, dont ceux-ci, pour la plupart, étaient parents oualliés.

Dans l’année 1106, lorsque cet état de désordre venaitde s’aggraver encore par une vacance de deux ans dansle siège épiscopal, l’évêché de Laon fut obtenu, à forced’argent, par un certain Gaudri, Normand de naissance,et référendaire de Henri I er , roi d’Angleterre. C’était unde ces hommes d’église qui, après la conquête de l’An-gleterre par Guillaume le Bâtard, étaient allés faire for-tune chez les Anglais, en prenant le bien des vaincus. Ilavait des goûts et des mœurs militaires, était emporté etarrogant et aimait par-dessus tout à parler de combats etde chasse, d’armes, de chevaux et de chiens 2 . Il avait àson service un de ces esclaves noirs que les grands sei-gneurs revenus de la première croisade venaient de mettreà la mode, et souvent il employa cet esclave à infligerdes tortures aux malheureux qui lui avaient déplu. L’un

1 Nemo de agrariis ingrediebatur in urbem... qui non incarceratusadredemptionem cogeretur... (Guiberti de Novigento, de Vilasua, lib.in,apud ejusdem Opéra omnia, ed. Luc d’Achery, p. 503.)

J De rebus militaribus, canibus et accipitribus loqui gratum habuerat.( Ibid.)