LETTRE XVI.
247
ville avaient péri durant ou après le siège du palais épi-scopal ; quand tout fut achevé de ce côté, les insurgéscoururent attaquer les maisons de ceux qui restaient envie : beaucoup furent tués ou emprisonnés. Les bour-geois prirent une sorte de plaisir à dévaster leurs hôtels;ils mirent le feu à celui du trésorier de l’évêque, l’undes hommes qu’ils haïssaient le plus, qui, par bonheurpour lui, avait trouvé moyen de s’échapper. Cette maisontouchait à l’église cathédrale, qui fut bientôt gagnée etpresque détruite par l’incendie. Le feu, se communi-quant de proche en proche, consuma tout un quartierde la ville où se trouvaient plusieurs églises et un cou-vent de religieuses.
L’archidiacre Anselme, qui avait eu le courage d’aver-tir son évêque du complot formé contre lui, osa, le len-demain même de la mort de Gaudri, parler d’inhumerson cadavre resté nu et couvert de boue. Les bourgeois,dont la vengeance était satisfaite, ne lui en voulurent au-cun mal, et le laissèrent se charger seul de ces tristesfunérailles. Anselme, aidé de ses domestiques, enleva lecorps, le couvrit d’un drap, et le transporta hors de laville, à l’église de Saint-Vincent. Une grande foule depeuple suivit le convoi; mais personne ne priait pourl’âme du mort, tous le maudissaient et l’injuriaient. I! nese fît dans l’église aucune cérémonie religieuse; et le corpsde l’évêque de Laon, l’un des princes du clergé deFrance, fut jeté dans la fosse, comme l’aurait été alorscelui du plus vil mécréant 4 .
1 Delatus ad Ecclesiam nihil prorsus officii, non dico quod Episcopo,sed quod Christiano competeret in exequiis habuit. (Guiberti de Novi-genlo, de Vita sua, lib ni, apud ejusdem Opéra omnia, ed. L. d’Achery,p. 309. cap. x.)