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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XX.

qu’avaient faite, avec plus ou moins de succès, les habi-tants des villes voisines. A Reims, on ne connaissait pasmieux qu’ailleurs et l’on ne regrettait pas davantage lesformes de gouvernement de l’antiquité; mais sans rappor-ter ce qu’ils voulaient établir à aucune théorie politique,les conjurés aspiraient à s’organiser en société indépen-dante, non de l’autorité spirituelle, mais de la puissancetemporelle des archevêques.

Durant la vacance du siège de Reims, l’église métropo-litaine était sous le patronage du roi, qui en percevait lesrevenus et en exerçait la seigneurie. Louis Vil, qui ré-gnait alors depuis près d’un an, était en querelle avec lepape Innocent II, et leur mésintelligence retardait l’élec-tion d’un nouvel archevêqne. Cette circonstance diminuabeaucoup les obstacles que les bourgeois de Reims de-vaient rencontrer dans l’établissement de leur commune.Le roi n’avait aucun intérêt à dissoudre cette associationet à les ramener malgré eux sous la dépendance de l’É-glise. Tout l’espoir du chapitre métropolitain, pour le ré-blissement de ses droits seigneuriaux, était dans uneprompte élection, acte qui ne pouvait s’accomplir sans lecongé du pane et l’agrément du roi. Bernard, fondateuret premier abbé du monastère de Clairvaux près de Bar-sur-Aube, homme que l’Église vénère aujourd’hui commesaint, et qui, de son temps, jouissait d’un immensecrédit, à cause de son zèle religieux, de son éloquenceet de son activité politique, s’entremit dans cette affaire,et écrivit soit au roi, soit au pape, un grand nombre delettres, dont je ne citerai que la suivante :

« A son très-aimé père et seigneur Innocent, souve-« rain pontife, le frère Bernard de Clairvaux, appeléc< abbé, ce qui est peu de chose.