LETTRE XXI.
319
rent que la lutte des deux puissances leur faciliterait lesmoyens de parvenir à leur but, et ils reprirent presquepartout l’offensive A Noyon, de fréquentes émeutesavaient lieu contre les chanoines, aux cris de commune!commune! A Soissons, pour la moindre dispute survenueentré les bourgeois et des membres du clergé, on criait :Haro as clercs ! et la commune prenait les armes 1 2 . Maisà Reims, qui était la plus grande ville du diocèse, l’effer-vescence fut au comble. Les alarmes qu’inspirait d’ail-leurs le caractère de l’archevêque contribuèrent à rendrel’agitation encore plus grande. Les habitants du ban deSaint-Rémi, qui n’avaient pour toute fortification, autourde leur quartier, que des chaînes tendues la nuit au boutdes rues, demandèrent au roi, par l’entremise de leur abbé,la permission de s’enclore de murs, afin de mettre leurliberté à couvert contre les entreprises de Henri de Braine.Dans la cité, les échevins étaient sans cesse en alerte, et,s’autorisant du nom du roi, ils arrêtaient et jugeaientcomme coupables de sédition tous ceux qui agissaientou parlaient en faveur du parti épiscopal. Sans tenir aucuncompte des privilèges ecclésiastiques, ils citèrent à leurtribunal et condamnèrent au bannissement un certainThomas de Beaumetz, chanoine et prévôt de l’archevêque.Cette sentence, exécutée malgré les réclamations du cha-pitre, devint l’un des principaux griefs des évêques li-gués, comme ils le disaient eux-mêmes, pour maintenirl’honneur de Dieu et les libertés de son Église 3 .
1 ...Magistratus populares nacti occasionem penitus exculiendi jugumecclesiasticæ jurisdictionis, in tantam per aliquot urbes... prorupere au-daciam... (Marlot, Hist. Melropol. Remensis, édit, de 1666, t. Il, p. 518.)
2 Annales de l’église cathédrale de Noyon, par Jacques Levasseur, Paris,1633; t. Il, p. 932. — Hist. de Soissons, par Cl. Durmay, 1664, t. II, p. 299.
3 Marlot. Hist. Metropol. Remensis, édit, de 1666; t. II, p. 518.