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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XXIII.

sous l’anathème, ses concitoyens l’enterrèrent sans l’as-sistance d’aucun prêtre, menant le corps à sa sépulture,et sonnant les cloches pendant la marche du convoi 1 „Familiarisés en quelque sorte avec cette excommunicatioiqui leur avait paru si redoutable, ils s’emparèrent del’église de Sainte-Madeleine, et en firent leur citadelle etleur arsenal, plaçant dans les deux tours une garde, desprovisions et des armes. De ce poste, ils surveillaient lesmoines et les tenaient comme assiégés dans les bâtimentsde l’abbaye, d’où personne ne pouvait sortir sans leurpermission et sans être accompagné 2 . Ils ne se conten-tèrent bientôt plus de ces précautions, et comme le mo-nastère était un château fort, ils en abattirent les clôtureset les murailles extérieures 3 . Tous ces faits, extrême-ment graves dans un temps où le respect pour les chosesreligieuses était poussé si loin, s’aggravaient encore parles récits inexacts qu’on en faisait dans les villes voisineset à la cour du roi de France. On disait que les moines,attaqués à main armée par les bourgeois, avaient soutenu

1 Accidit autem ut quemdam sub anathemate defunctum, ipsi absquegacerdote signa puisantes sepelirent.... ( Hist. Vizeliac. monast., lib. m,apud L. d’Achery Spicil., t. II, p. 531, col. i et 2.)

2 ... Sententiam super eos datam tanquam pro nihilo habebant, et mi-nime ab ingressu Ecclesiæ sanctæ sese cohibebant.... (Ibid, col. I.) — Moxsacrosancto violato templo occupaverunt turres ejus, ponentes inei custo-des et escas et arma... servos Dei Monachos et Dominos suos turpiter in-juriaverunt, et bonis omnibus privatos, atque omni humano destilutosauxilio, infra muros Monasterii recludentesabdiderunt.ut absque externoconductu quoquam progredi nemini liceret. ( Ibid., p. 530, col. 2.)

3 ... Mcenia vel clausuras Monasterii solo tenusconfregerunt.... (Ibid.)— Ces actes de sacrilèges que le récit de Hugues de Poitiers place avantl’excommunication, lui sont évidemment postérieurs. J’ai suivi à cetégard un témoignage oiliciel, la lettre du pape Adrien IV au roibonis VII, qui, après avoir rappelé comme des faits déjà anciens lepillage des biens de l’abbaye, la fuite de l’abbé et l’anathème prononcécontre les bourgeois, ajoute : Nuper etiam in ipsam Ecclesiam facto im-puta irrumpentes, fregerunt porlas... (Ibid., Iib. i, p. 516, col. 2.)