ÉLOGE DE MADAME DE SÉVIGNÉ,
PAR M n " AMABLE TASTU,
Couronné dans la séance du il mai 1840 .
Il semble qu’ici des vérités sans fardPassent et l’habitude et la force de l’art.
Rotrou.
Messieurs ,
Quand pour la première fois un nom de femme est choisi parl’Académie française pour sujet de ce prix d’éloquence qu’unefemme a cependant la première obtenu quand ce nom est ce-lui de madame de Sévigné, d’agréables images se présententd’abord à l’esprit. Qui dit Sévigné dit la grâce vive du langage,le charme des causeries familières, les doux épanchements ducœur, et l’aimable cortège des qualités, des affections et desvertus féminines. Et cependant, deux siècles passés, tout ce quece nom réveille, toutes ces sympathies, ces riants souvenirs,ces douces émotions, tout cela, vous le voyez, c’est de la gloire.
La gloire ! ce mot fait incliner nos têtes pensives ; il nousforce à jeter sur notre tâche un plus sérieux regard, car il nes'allie à rien de frivole. Là où vous le verrez inscrit, là où letemps ne l’a point effacé, sondez hardiment, la matière est so-lide : la force est la condition de la durée, la condition du bonet du beau, la condition de la grâce elle-même : comme, dansl’agile souplesse d’une danse légère, il y a beaucoup de force-dans une grâce parfaite.
Avant d’en demander la preuve aux écrits de madame de Sé-vigné, reportons-nous un moment au siècle qu’elle a illustré;
1 En *671, l’Académie ayant ouvert, pour la première fois, le concours pourle prix d'éloquence française que Dalzac avait fondé, mademoiselle de Scudéryl'emporta sur tous scs concurrents, et son discours de la Gloire fut couronné.