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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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A

ÈLOUK

rappelons que ce siècle des grands hommes est aussi celui lesfemmes ont joué, en France, le rôle le plus actif et le plus bril-lant; considérons ce quétait, à celte époque, lexistence socialedes femmes de la haute classe, et ce quelle devait ajouter dé-nergie à lessor de leurs facultés.

Accoutumées à soccuper de ladministration de leurs domai-nes, de la grandeur de leur maison, elles ne vivaient point endehors des intérêts généraux. Le sacrifice des affections person-nelles à la splendeur de la famille, de la famille au service duroi, cest-à-dire de lÉtat, était pour elles une nécessité avouéeet comprise. Or, dans cette gradation de dévouements, de lin-dividu à la famille, de la famille à la patrie, de la patrie à lhu-manité , la mesure de nos affections est celle de notre intelli-gence : plus on sélève, plus lhorizon sagrandit.

seulement les facultés intellectuelles ont pu se dévelop-per, les tendresses du cœur cèdent aux convictions de lesprit.La femme illustre dont nous nous occupons va elle-même nousen fournir lexemple. On verra que cette fille si passionnémentaimée ne lemporta jamais sur ce que la raison, la justice et ledevoir exigeaient de sa mère ; on verra comment, avec une mo-bile imagination, un caractère facile, une humeur joyeuse, unevive sensibilité, cest-à-dire avec tout ce qui entraîne, cette mèresut gouverner sagement sa personne et sa fortune, parce queses brillantes facultés reposaient sur une base solide, une con-naissance précoce des affaires de la vie, une instruction réelleet sérieuse, et une piété aussi sincère quéclairée.

Ljionneur que lAcadémie fait aujourdhui à madame de Sévi-gné est si bien mérité, qu'on pourrait sétonner quelle ne laitpas reçu plus tôt.

Avant elle, cependant, Christine'de Pisan, Marie de France,Louise Labbé, Marguerite de Navarre, se sont distinguées dansles lettres ; après elle, dautres femmes ont pu faire preuve duntalent plus puissant ou plus élevé; mais elle a sur toutes lavan-tage de la popularité. Nous nen serons pas surpris, si nous re-marquons quelle réunit, comme écrivain et comme femme, lesqualités qui plaisent à lesprit français. Comme écrivain, toutecette vieille famille gauloise, chez laquelle une pensée sérieusese cache sous une forme enjouée, la reconnaît pour sœur oupour fille. Comme femme, elle a atteint la célébrité sans paraîtrey avoir prétendu ; elle a su réunir une conduite sans reproche à