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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ÉLOGE

« mités, des douleurs, des pertes de mémoire, des défigure-« ments qui sont près de loutrager; » on se rassure cependant :aucune trace daffaiblissement ne se laisse encore apercevoirdans cette brillante intelligence; on la voit partir pour la Pro-vence , elle assiste à toutes les magnificences champêtres dela noce de son petit-fils, et bientôt après au mariage de la char-mante Pauline avec le marquis de Simiane.

Elle est heureuse, elle est près de sa fille bien-aimée. Pour-tant un triste pressentiment nous dit que sa tâche est achevée,quelle na plus longtemps à demeurer sur la terre. Le cœur bat,car on sent que le dénouement approche. La Providence, commeun grand artiste qui se complaît dans son œuvre, par une grâceréservée aux natures délite, se charge dordinaire de compléterdignement le drame de leurs destinées.

Souvent madame de Sévigné avait exprimé le vœu que lor-dre de la nature, qui voulait quelle partit la première, ne fûtpas dérangé pour elle, en la forçant de survivre à sa plus chèreaffection. Une fois elle avait écrit : « Que ne puis-je finir ma vie« près de la personne qui la occupée tout entière ! » Et cepen-dant sa fille était malade, dangereusement malade. Quon jugede ses angoisses maternelles ! Mais la divine Sagesse, qui me-sure le vent à la brebis tondue, ne lavait point condamnée àune épreuve au-dessus de ses forces: ses vœux devaient êtreexaucés.

A peine était-elle rassurée sur la santé de sa fille, que lasienne, jusque- si florissante, fut atteinte tout-à-coup. Dès lespremiers jours de sa maladie, elle avait, dit-on, « envisagé la« mort avec une fermeté et une soumission étonnantes. » Eh !que pouvait maintenant la mort pour leffrayer? Navait-ellepas tremblé pour sa fille? Toutes les terreurs étaient passées.« Celte personne, si tendre et si faible pour tout ce quelle ai-« mait, na trouvé que du courage et de la religion, quand elle« a cru ne devoir songer quà elle. » Elle a fait usage au der-nier moment des provisions quelle avait amassées pendant levoyage, et sa mort a prouvé la sincérité de sa vie.

Certes, elle fut noble et belle cette vie ! non telle que vous lamontrent ces pages rapides et incomplètes, mais telle quelle seraconte elle-même dans les brillants épanchements la femmevertueuse ne nuit point à la femme aimable, la femme intelli-

i Lettre de M. de Grignan à M. de Coulanges, du i 3 mai 1696.