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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIüNÉ.

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je lai vu entrer dans cette petite porte. Si vous saviez combienon est malheureux quand on a le cœur fait comme je lai, jesuis assurée que vous auriez pitié de moi ; mais je pense quevous nen êtes pas quitte à meilleur marché, de la manière dontje vous connais. Jai été voir votre chère voisine 1 ; je vous plainsautant de ne lavoir plus, que nous nous trouvons heureux delavoir. Nous avons bien parlé de notre cher ami; elle a vu Sa-pho 2 , qui lui a redonné du courage. Pour moi, jirai demain enreprendre chez elle; car de temps en temps je sens que jai be-soin de réconfort. Ce nest pas que lon ne dise mille choses quidoivent donner de lespérance ; mais, mon Dieu ! jai limagina-tion si vive, que tout ce qui est incertain me fait mourir.

Vendredi 28 novembre.

Dès le matin, on est entré à la chambre. M. le chancelier a ditquil fallait parler des quatre prêts; sur quoi dOrmesson a ditque cétait une affaire de rien, et sur laquelle on ne pouvait rienreprocher à M. Fouquet; quil lavait dit dès le commencementdu procès. On a voulu le contredire : il a prié quil pût expliquerla chose comme il la concevait, et a prié son camarade 3 de lé-couter. On la fait, et il a persuadé la cour que cet article né-tait pas considérable. Sur cela on a dit de faire entrer laccusé :il était onze heures. Vous remarquerez quil nest pas plus duneheure sur la sellette. M. le chancelier a voulu parler de cesquatre prêts. M. Fouquet a prié quon voulût lui laisser dire cequil navait pas dit la veille sur les octrois; on la écouté, il adit des merveilles ; et comme le chancelier lui disait ; « Avez-« vous eu votre décharge de lemploi de cette somme?» il a dit :« Oui, monsieur ; mais ca été conjointement avec dautres af-«faires, » quil a marquées, et qui viendront en leur temps.« Mais, a dit M. le chancelier, quand vous avez eu vos décharges,« vous naviez pas encore fait la dépense ? Il est vrai, a-t-il« dit; mais les sommes étaient destinées. Ce nest pas assez,« a dit M. le chancelier.Mais, monsieur, par exemple, a dit« M. Fouquet, quand je vous donnais vos appointements, quel-« quefois jen avais la décharge un mois auparavant; et comme« cette somme était destinée, cétait comme si elle eût été don-« née. » M. le chancelier a dit : « Il est vrai, je vous en avais« lobligation. » M. Fouquet a dit que ce nétait pas pour le luireprocher ; quil se trouvait heureux de le pouvoir servir dans

1 Madame Duplessis-Guénégaud, qui était arrivée à Paris ce jour- ou la veille.9 Mademoiselle de Scudéri.

* Le Cornier de Sainte-Hélène , qui était rapporteur conjointement avec M. d'Or-messoii.