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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ce temps-; mais que les exemples lui revenaient, selon qu'ilen avait besoin.

On ne renlrera que lundi. Il est certain quil semble quonveuille traîner laffaire en longueur. Puis... a promis de faireparler laccusé le moins quil pourrait. On trouve quil dit tropbien. On voudrait donc linterroger légèrement, et ne pas parlersur tous les articles. Mais lui, il veut parler sur tous, et ne veutpas quon juge son procès sur des chefs sur lesquels il naurapas dit ses raisons. Puis... est toujours en crainte de déplaire àPetit. Il lui fit excuse lautre jour de ce que M. Fouquet avaitp<arlé trop longtemps ; mais quil navait pu linterrompre. Ch ... 4est derrière le paravent quand on interroge; il écoute ce que londit, et offre daller chez les juges leur rendre compte des raisonsquil a eues de faire ses conclusions si extrêmes. Tout ce pro-cédé est contre lordre, et marque une grande rage pour ce pau -vre malheureux. Pour moi, je vous avoue que je nai plus aucunrepos.. Adieu, monsieur, jusquà lundi: je voudrais que vouspussiez connaître les sentiments que jai pour vous ; vous se-riez persuadé de cette amitié que vous dites que vous estimezun peu.

A M. de Pomponne.

Lundi i*r décembre 16G4.

Il y a deux jours que tout le monde croyait que lon voulaittirer laffaire de M. Fouquet en longueur; présentement ce nestplus la même chose, cest tout le contraire : on presse extraor-dinairement les interrogations. Ce matin M. le chancelier a prisson papier, et a lu, comme une liste, dix chefs daccusation, surquoi il ne donnait pas le temps de répondre. M. Fouquet a dit:« Monsieur, je ne prétends pas tirer les choses en longueur; mais« je vous supplie de me donner le loisir de vous répondre : vous« minterrogez, et il semble que vous ne vouliez pas écouter ma« réponse; il mest important que je parie. Il y a plusieurs ar-« ticles quil faut que jéclaircisse, et il est juste que je réponde« sur tous ceux qui sont dans mon procès. » Il a donc fallu len-tendre, contre le gré des malintentionnés ; car il est certain quilsne sauraient souffrir quil se défende si bien. Il a fort bien-

1 Petit est un nom convenu avec M. de Pomponne, pour désigner Colbert. Jus-quà présent Puis... a été entendu dePussort, oncle de Colbert, sur lequel ce mi-nistre exerçait une grande influence. U est plus probable quil faut entendre parcette indication le chancelier Séguier. Il nappartenait quau Président de la cham-bre dinterrompre laccusé. Colbert était tout- puissant, et le chancellerie ména-geait.

* On doit lire ici Chamillard. 11 remplissait avec Talon les fonctions du minis-tère public près la chambre de justice. Cest le père de celui qui a été ministre surla fin du règne de Louis XIV.