DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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ôtre pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois; jetez-vous votre langue auxchiens ? Hé bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun 1épouse dimanche au Louvre, devinez qui? Je vous le donne enquatre , je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Ma-dame de Coulanges dit : Voilà qui est bien difficile à deviner ’•c’est madame de La Vallière. Point du tout, madame. C’est doncmademoiselle de Retz? Point du tout : vous êtes bien provinciale.Ali ! vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous ; c’est ma-demoiselle Colbert. Encore moins. C’est assurément mademoi-selle de Créqui. Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous ledire : il épouse, dimanche , au Louvre, avec la permission duroi, mademoiselle, mademoiselle de... mademoiselle, devinez lenom : il épouse Mademoiselle , ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée !Mademoiselle, la grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille defeu Monsieur 5 , Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, mademoi-selle d’Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpen-sier, mademoiselle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germainedu roi ; Mademoiselle, destinée au trône, Mademoiselle , le seulparti de France qui fût digne de Monsieur. Voilà un beau sujetde discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, sivous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on semoque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bienfade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures, noustrouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autantque vous. Adieu ; les lettres qui seront portées par cet ordi-naire vous feront voir si nous disons vrai ou non.
23. A M. de Coulanges.
A Paris, vendredi 19 décembre 1670.
Ce qui s’appelle tomber du haut des nues, c’est ce qui arrivahier au soir aux Tuileries ; mais il faut reprendre les choses deplus loin. Vous en êtes à la joie, aux transports, aux ravissementsde la princesse et de son bienheureux amant. Ce fut donc lundique la chose fut déclarée, comme je vous l’ai mandé. Le mardise passa à parler, à s’étonner, à complimènter ; le mercredi,Mademoiselle fit une donation à M. de Lauzun , avec dessein delui donner les litres, les noms et les ornements nécessaires pourêtre nommé dans le contrat de mariage qui fut fait le mêmejour. Elle lui donna donc, en attendant mieux, quatre duchés ;le premier, c’est le comté d’Eu , qui est la première pairie de
1 Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puiguilhcm, depuis duc deLauzun.
* Gaston de France, duc d’Orléans , frère de Louis Xllf.