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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

France, et qui donne le premier rang; le duché de Montpensier,dont il porta hier le nom toute la journée ; le duché de Saint-Fargeau, le duché de Chàtellerault : tout cela estimé vingt-deuxmillions. Le contrat fut dressé ensuite, il prit le nom deMontpensier. Le jeudi matin, qui était hier, Mademoiselle espé-ra que le roi signerait le contrat, comme il lavait dit ; mais,sur les sept heures du soir, la reine, Monsieur et plusieurs bar-bons firent entendre à Sa Majesté que cette affaire faisait tort àsa réputation ; en sorte quaprès avoir fait venir Mademoiselle etM.deLauzun, le roi leur déclara, devant M. le Prince, quil leurdéfendait absolument de songer à ce mariage. M. de Lauzun re-çut cet ordre avec tout le respect, toute la soumission, toute lafermeté et tout le désespoir que méritait une si grande chute.Pour Mademoiselle , suivant son humeur, elle éclata en pleurs,en cris, en douleurs violentes, en plaintes excessives; et toutle jour elle a gardé son lit, sans rien avaler que des bouillons.Voilà un beau songe, voilà un beau sujet de roman ou de tra-gédie , mais surtout un beau sujet de raisonner et de parler éter-nellement : cest ce que nous faisons jour et nuit, soir et matin,sans fin, sans cesse ; nous espérons que vous en ferez autant. Efrà tanto vi bacio le mani.

26. A M. de Coulanges.

A Paris, mercredi a 4 décembre 1670.

Vous savez présentement linstoire romanesque de Mademoi-selle et de M. de Lauzun. C'est le juste sujet dune tragédie danstoutes les règles du théâtre ; nous en disposions les actes et lesscènes lautre jour ; nous prenions quatre jours au lieu de vingt-quatre heures, et cétait une pièce parfaite. Jamais il ne sest vude si grands changements en si peu de temps ; jamais vous na-vez vu une émotion si générale; jamais vous navez ouï unesi extraordinaire nouvelle. M. de Lauzun a joué son personnageen perfection ; il a soutenu ce malheur avec une fermeté, uncourage, et pourtant une douleur mêlée dun profond respect,qui lont fait admirer de tout le monde. Ce quil a perdu estsans prix ; mais les bonnes grâces du roi, quil a conservées,sont sans prix aussi, et sa fortune ne paraît pas déplorée. Ma-demoiselle a fort bien fait aussi; elle a bien pleuré; elle a re-commencé aujourdhui à rendre ses devoirs au Louvre, dont elleavait reçu toutes les visites. Voilà qui est fini. Adieu.

27. A M. de Coulangei.

A Paris, mercredi 3 i décembre 1670.

Jai reçu vos réponses à mes lettres. Je comprends létonne-ment vous avez été de tout ce qui sest passé depuis le 15 jus-