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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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UE MADAME DE SÊYIGNÉ.

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die de tous les honneurs quon vous y fera, que vous naurez pasle temps de lire tout ceci ; ayez au moins celui de me mandertoujours de vos nouvelles, comme vous vous portez, et votre ai-mable visage que jaime tant, et si vous vous embarqui z sur cediable de Rhône. Je crois que vous aurez M. de Marseille 1 àLyon.

Mercredi ,iu soir.

Je viens de recevoir tout présentement votre lettre de Nogent ;elle ma été donnée par un fort honnête homme que jai ques-tionné tant que jai pu ; mais votre lettre vaut mieux que toutce qui se peut dire. 11 était bien juste, ma fille, que ce fût vousla première qui me fissiez rire, après mavoir tant fait pleurer.Ce que vous me mandez de M. Busche est original, cela sappelledes traits dans le style de léloquence; jen ai donc ri, je vouslavoue, et jen serais honteuse, si, depuis huit jours, javaisfait autre chose que de pleurer. Ilélas! je le renconlrai dans larue ce M. Busche, qui amenait vos chevaux, je larrêtai, et,tout en pleurs, je lui demandai son nom; il me le dit; je lui disen sanglotant : M. Busche, je vous recommande ma fille, ne la ver-sez point ; et, quand vous laurez menée heureusement à Lyon,venez me voir pour me dire de ses nouvelles; je vous donneraide quoi boire. Je le ferai assurément : ce que vous me mandezsur son sujet augmente beaucoup le respect que javais déjàpour lui. Mais vous ne vous portez point bien, vous navez pointdormi ; le chocolat vous remettra : mais vous navez point dechocolatière, jy ai pensé mille fois; comment ferez-vous? Hélas !mon enfant, vous ne vous trompez point quand vous croyez queje suis occupée de vous encore plus que vous ne lêtes de moi,quoique vous me le paraissiez plus que je ne vaux. Si vous mevoyez, vous me voyez chercher ceux qui en veulent bien parler,si vous m'écoutez, vous entendez bien que jen parle. Cest as-sez vous dire que jai fait une visite à labbé Guêton, pour par-ler des chemins et de la route de Lyon. Je nai encore vu aucunde ceux qui veulent me divertir; en paroles couvertes, cestquils veulent mempêcher de penser à vous, et cela m'offense.Adieu, ma très-aimable, continuez à mécrire et à maimer; pourmoi, je suis tout entière à vous, jai des soins extrêmes de votreenfant. Je nai point de lettres de M. de Grignan, et je ne laissepas de lui écrire.

31 . A madame de Grignan.

Vendredi i 3 février 1671, chez M. de Coulanges.

Monsieur de Coulanges veut que je vous écrive encore à Lyon :je vous conjure, ma chère enfant, si vous vous embarquez, de

1 M. Je Forbin Janson, depuis cardinal.