82
LETTRES
paru; jugez quel effet elles me font, et quelle sorle de larmesje répands, en me trouvant persuadée de la vérité que je souhaitele plus. Vous pourrez juger par là de ce que m’ont fait les chosesqui m’ont donné autrefois des sentiments contraires. Si mes pa-roles ont la même puissance que les vôtres, il ne faut pas vousen dire davantage ; je suis assurée que mes vérités ont fait envous leur effet ordinaire; mais je ne veux pas que vous disiezque j’étais un rideau qui vous cachait : tant pis si je vous cachais,vous êtes encore plus aimable quand on a tiré le rideau ; il fautque vous soyez à découvert pour être dans votre perfection :nous l’avons dit mille fois. Pour moi, il me semble que je suistoute nue, qu’on m’a dépouillée de tout ce qui me rendait aima-ble ; je n’ose plus voir le monde, et, quoi qu’on ait fait pour m’yremettre, j’ai passé tous ces jours-ci comme un loup-garou, nepouvant faire autrement: peu de gens sont dignes de compren-dre ce que je sens ; j’ai cherché ceux qui sont de ce petit nombre,et j’ai évité les autres. J’ai vu Guitaut et sa femme; ils vous ai-ment, mandez-moi un petit mot pour eux. Deux ou trois Gri-gnans me vinrent voir hier matin. J’ai remercié mille fois Adhé-mar de vous avoir prêté son lit : nous ne voulûmes point exami-ner s’il n’eût pas été meilleur pour lui de troubler votre repos,que d’en être cause; nous n’eûmes pas la force de pousser cettefolie, et nous fûmes ravis de ce que le lit était bon. Il nous sem-ble que vous êtes à Moulins aujourd’hui ; vous y recevrez unede mes lettres: je ne vous ai point écrit à Briare; c’était cecruel mercredi qu’il fallait écrire ; c’était le propre jour de votredépart : j’étais si affligée et si accablée, que j’étais même inca-pable de chercher de la consolation en vous écrivant. Voici doncma troisième et ma seconde à Lyon ; ayez soin de me mandersi vous les avez reçues : quand on est fort éloigné, on ne se mo-que plus des lettres qui commencent par j’ai reçu la vôtre, etc.La pensée que vous avez de vous éloigner toujours, et de voirque ce carrosse va toujours en delà, est une de celles qui metourmentent le plus. Vous allez toujours, et enfin, comme vousdites, vous vous trouverez à deux cenis lieues de moi : alors, nepouvant plus souffrir les injustices sans en faire à mon tour, jeme mettrai à m’éloigner aussi de mon côté, et j’en ferai tant, queje me trouverai à trois cents : ce sera une belle distance, et cesera aussi une chose digne de mon amitié, que d’entreprendrede traverser la France pour vous aller trouver. Je suis touchéedu retour de vos cœurs entre le coadjuteur et vous : vous savezcombien j’ai toujours trouvé que cela était nécessaire au bonheurde votre vie; conservez bien ce trésor; vous êtes vous-mêmecharmée de sa bonté, faites-lui voir que vous n’êtes pas ingrate.Je finirai tantôt ma lettre. Peut-être qu’à Lyon vous serez si étoui -