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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

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on a fort parlé de vous. M. d’Ambres y élait avec sa cousine deBi issac : il a paru s’intéresser beaucoup à votre prétendu nau-frage; on a parlé de votre hardiesse: M. de La Rochefoucaulda dit que vous aviez voulu paraître brave, dans l’espérance quequelque charitable personne vous en empêcherait; et que, n’enayant point trouvé, vous aviez dû être dans le même embarrasque Scaramouche. J’ai été faire des compliments pour vous àl’hôtel de Rambouillet; on vous en rend mille. Madame de Mon-tausier est au désespoir de ne vous point voir. J’ai été chez ma-dame du Pui-du-Fou; j’ai été, pour la troisième fois, chez ma-dame de Maillanes; je me fais rire moi-même en observant leplaisir que j’ai de faire toutes ces choses. Au reste, si vous croyezles fdles de la reine enragées, vous croyez bien. Il y a huit joursque madame de Ludres, Coëtlogon et la petite de Rouvroi furentmordues d’une petite chienne qui était à Théobon l ; cette petitechienne est morte enragée ; de sorte que Ludres, Coëtlogon etRouvroi sont parties ce matin pour aller à Dieppe, et se faire je-ter trois fois dans la mer. Ce voyage est triste; Benserade en étaitau désespoir ; Théobon n’a pas voulu y aller, quoiqu’elle ait étémordillée. La reine ne veut pas qu’elle la serve, qu’on ne sa-che ce qui arrivera de toute cette aventure. Ne trouvez-vous pointque Ludres ressemble à Andromède? Pour moi, je la vois atta-chée au rocher, et Tréville 8 sur un cheval ailé qui tue le mons-tre. Ah! Zézu! matame te Grignan, l’étranze sose t’être zetéetoute nue tant la mer 5 !

Voilà bien des lanternes, et je ne sais rien de vous; vouscroyez que je devine ce que vous faites; mais j’y prends tropd’intérêt, et à votre santé, et à l’état de votre esprit, pour vou-loir me borner à ce que j’en imagine : les moindres circonstancessont chères de ceux qu’on aime parfaitement, autant qu’ellessont ennuyeuses des autres : nous l’avons dit mille fois, et celaest vrai. La Vauvineux vous fait cent compliments ; sa fille a étébien malade; madame d’Arpajon l’a été aussi : nommez-moitout cela avec madame de Verneuil*, à votre loisir. Voilà unelettre de M. de Condom s , qu’il m’a envoyée avec un billet fort

* Marie-Elisabeth de Ludres, chanoinesse de Poussay, qui fut aimée du roi.—Louise-Philippe de Coëtlogon , qui a été mariée au marquis de Cavoie. — Jeanne deUouvroi, qui a été mariée au comte de Saint-Vallier.— Lydie de Rochefort-Théo-bon , qui a été mariée au comte de Beuvron ; toutes quatre alors hiles d'honneurde la reine.

* Henri-Joseph de Peyre, comte de Tréville, capitaine-lieutenant des mousque-taires.

3 Manière de prononcer de madame de Ludres.

4 Charlotte Séguier, veuve du duc de Sully, et mariée en secondes noces à Henride Bourbon, duc de Verneuil, Bis naturel de Henri IV.

5 Bossuet.

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