Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
96
JPEG-Download
 

90

LETTRES

peut fort bien être accablé ainsi que vous ; ma colère ne tient àguère, et ma tendresse pour vous deux tient à beaucoup. Toutce que vous me mandez est très-plaisant; cest dommage quevous nayez eu le temps den dire davantage. Mon Dieu! que jaidenvie de recevoir de vos lettres ! Il y a déjà près dune demi-heure que je nen ai reçu. Je ne sais aucune nouvelle : le roi seporte fort bien ; il va de Versailles à Saint-Germain, de Saint-Germain à Versailles; tout est comme il était. La reine fait sou-vent ses dévotions, et va au salut du Saint-Sacrement. Le pèreBourdaloue prêche : bon Dieu ! tout est au-dessous des louangesquil mérite. Lautre jour notre abbé eut un démêlé, avant lesermon, avec M. de Noyon l , qui lui fit entendre quil devait bienquitter sa place à un homme de la maison de Clermont. On afort ri de ce titre, pour avoir la place dun abbé à léglise ; ona bien reconté-dessus toutes les clefs de la maison de Ton-nerre, et toute la science du prélat sur la pairie. Je dinc tousles vendredis chez le Mans® avec M. de La Rochefoucauld, ma-dame de Brissac, et Benserade, qui toujours y fait la joie de lacompagnie. Si la Provence maime, je suis fort sa servante aussi;conservez-moi lhonneur de ses bonnes grâces; je lui ferai mescompliments quand vous voudrez. Je vous ai donné un voyage,cest à vous de le placer. Je ne dis rien à M. de Vardes ni à monami Corbinelli; je les crois retournés en Languedoc. Jaime votrefille à cause de vous; mes entrailles nont point encore pris letrain des .tendresses dune grandmère.

38. A madame de Grîgnan.

À Paris, vendredi i 3 mars 1671.

Me voici à la joie de mon cœur, toute seule dans ma cham-bre à vous écrire paisiblement; rien ne mest si agréable quecet état. Jai dîné aujourdhui chez madame de Lavardin 8 aprèsavoir été en Bourdaloue, étaient les mères de lÉglise; cestainsi que jappelle les princesses de Conti et de Longueville.Tout ce qui était au monde était à ce sermon, et ce sermonétait digne de tout ce qui lécoutait. Jai songé vingt fois à vous,et vous ai souhaitée autant de fois auprès de moi; vous auriezété ravie de lentendre, et moi encore plus ravie de vous levoir entendre. M. de La Rochefoucauld a reçu très-plaisamment,chez madame de Lavardin , le compliment que vous lui faites ;

* François de Clermont-Tonnerre , évêque et comte de Noyon , pair de France ,commandeur des ordres du roi. Ce prélat réunissait en sa personne tous les genresde vanité, surtout celle de la naissance.

9 Philibert-Emmanuel de Beaumanoir, évêque du Mans, commandeur des ordresdu roi.

3 Marguerite-Renée de Rostaing, mariée à Henri de Beaumanoir, marquis deI.avardin.