DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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pàques et mon jubilé. J’ai passé ici le temps que j’avais résolu,de la manière dont je l’avais imaginé, à la réserve de votre sou-venir, qui m’a plus tourmentée que je ne l’avais prévu. C’est unechose étrange qu’une imagination vive, qui représente touteschoses comme si elles étaient encore : sur cela on songe au pré-sent, et quand on a le cceur comme je l’ai, on se meurt. Je nesais où me sauver de vous : notre maison de Paris m’assommeencore tous les jours, et Livry m’achève. Pour vous, c’eslparun effort de mémoire que vous pensez à moi : la Provence n’estpoint obligée de me rendre à vous, comme ces lieux-ci doiventvous rendre à moi. J’ai trouvé de la douceur dans la tristesseque j’ai eue ici ; une grande solitude, un grand silence, un of-fice triste, des Ténèbres chantées avec dévotion, un jeûne ca-nonique, et une beauté dans ces jardins, dont vous seriez char-mée : tout cela m’a plu. Je n’avais jamais été à Livry la semainesainte : hélas! que je vous y ai souhaitée ! Quelque difficile quevous soyez sur la solitude, vous auriez été contente de celle-ci.Mais je m’en retourne à Paris par nécessité ; j’y trouverai de voslettres, et je veux demain aller à la passion du père Bourdaloueou du père Mascaron ; j’ai toujours honoré les belles passions.Adieu, ma chère petite, j’achèverai cette lettre à Paris ; voilà ceque vous aurez de Livry : si j’avais eu la force de ne vous ypoint écrire, et de faire un sacrifice à Dieu de tout ce que j’y aisenti, cela vaudrait mieux que toutes les pénitences du monde ;mais au lieu d’en faire un bon usage, j’ai cherché delà consola-tion à vous en parler. Ah ! ma tille, que cela est faible et misérable!
Al. A madame de Grignan.
A Paris, vendredi saint, 27 mars 1671.
J’ai trouvé ici un gros paquet de vos lettres ; je ferai réponseaux messieurs quand je ne serai pas si dévote : en attendant,embrassez votre cher mari pour moi ; je suis touchée de sonamitié et de sa lettre. Je suis bien aise de savoir que le pontd’Avignon est encore sur le dos du coadjuteur ; c’est donc luiqui vous y a fait passer, car, pour le pauvre Grignan, il senoyait par dépit contre vous : il aimait autant mourir que d’êtreavec des gens si déraisonnables : le coadjuteur est perdu d’a-voir ce crime avec tant d’autres. Je suis très-obligée à Bandol dem’avoir fait une si agréable relation. Mais d’où vient, mon en-fant, que vous craigniez qu’une autre lettre n’efface, la vôtre;vous ne l’avez donc pas relue? car pour moi, qui l’ai lue avecattention, elle m’a fait un plaisir sensible, un plaisir à n’ôtre ef-facé par rien, un plaisir trop agréable pour un jour comme au-jourd’hui. Vous contentez ma curiosité sur mille choses que jevoulais savoir : je me doutais bien que les prophéties auraient