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LETTRES
sa place ; mademoiselle du Plessis viendra aussi ; ils me montre-ront une lettre de Paris faite à plaisir, où l’on mandera cinq ousix soufflets donnés entre femmes, afin d’autoriser ceux qu’onveut lui donner aux états, et même de les lui faire souhaiterpour être à la mode. Enfin je n’ai jamais vu un homme sifou quePomenars : sa gaieté augmente en même temps que ses affairescriminelles ; s’il lui en vient encore une, il mourra de joie. Je suischargée de mille compliments pour vous; nous vous avons cé-lébrée à tout moment. Madame de Chaulnes dit qu’elle vous sou-haiterait une madame de Sévigné en Provence, comme cellequ’elle a trouvée en Bretagne; c’est cela qui rend son gouverne-ment beau ; car quelle autre chose pourrait-ce être? Quand sonmari sera venu, je la remettrai entre ses mains, et ne m’embar-rasserai plus de son divertissement; mais vo.us, ma chère fille,que je vous plains avec votre tante d’Harcourt 1 ! quelle contrainte!quel embarras! quel ennui! Voilà qui me ferait plus de malmille fois qu’à personne, et vous seule au monde seriez capablede me faire avaler ce poison. Oui, mon enfant, je vous le jure,et si j’étais à Grignan, j’écumerais votre chambre pour vousfaire plaisir, comme j’ai fait mille fois : après celte marque d’a-mitié, ne m’en demandez plus, car je hais l’ennui plus que lamort, et j’aimerais fort à rire avec vous, Vardes et le seigneurCorbeau. Défaites-vous de cette trompette du jugement : il y avingt ans qu’elle me déplaît, et que je lui dois une visite.
Je trouve votre vie fort réglée et fort bonne. Notre abbé vousaime avec une tendresse et une estime qu’il n’est pas aisé de direen peu de mots ; il attend avec impatience le plan de Grignan etla conversation de M. d’Arles; mais, sur toutes choses, il voussouhaiterait bien cent mille écus, soit pour faire achever votrechâteau, soit pour tout ce qu’il vous plairait. Toutes les heuresne sont pas comme celles qu’on passe avec Pomenars, et mêmeon s’ennuierait bientôt de lui : les réflexions qu’on fait sont biencontraires à la joie. Je vous ai mandé que je croyais que je nebougerais d’ici ou de Vitré. Notre abbé ne peut quitter sa cha-pelle : le désert de Buron s , ou l’ennui de Nantes avec madamede Molac, ne conviennent point à son humeur agissante. Je seraisouvent ici ; et madame de Chaulnes, pour m’ôter les visites, diratoujours qu’elle m’attend. Pour mon labyrinthe, il est net, il a destapis verts, et les palissades sont à hauteur d’appui ; c’est un ai-mable lieu : mais, hélas ! ma chère enfant, il n’y a guère d’ap-parence que je vous y voie jamais.
Di memoria nudrirsi, pit't che di speme,
1 Elle habitait ordinairement le Pont-Saint-Esprit, et elle était venue à Griguanvoir son neveu.
a Terre de A/, de Sévigné, située à quelques lieues de Nantes.