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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

il y a un Traité sur les moyens dentretenir la paix entre leshommes, qui me ravit; je nai jamais rien vu de plus utile, nisi plein desprit et de lumière ; si vous ne lavez pas lu, lisez-le;et si vous lavez lu, relisez-le avec une nouvelle attention : jecrois que tout le monde sy trouve ; pour moi, je suis persuadéequil a été fait à mon intention ; jespère aussi den proiiter, jyferai mes efforts. Vous savez que je ne puis souffrir que lesvieilles gens disent : Je suis trop vieux pour me corriger; jepardonnerais plutôt aux jeunes gens de dire : Je suis trop jeune.La jeunesse est si aimable quil faudrait ladorer, si lame etlesprit étaient aussi parfaits que le corps; mais quand on nestplus jeune, cest alors quil faut se perfectionner, et tâcher deregagner, par les bonnes qualités, ce quon perd du côté desagréables. Il y a longtemps que jai fait ces réflexions, et, parcette raison, je veux tous les jours travailler à mon esprit, àmon ame, à mon cœur, à mes sentiments. Voilà de quoi je suispleine et de quoi je remplis cette lettre, nayant pas beaucoupdautres sujets.

Je vous crois à Lambesc, mais je ne vous vois pas bien dici ;il y a des ombres dans mon imagination qui vous couvrent à mavue. Je métais fait le château de Grignan, je voyais votre ap-partement, je me promenais sur votre terrasse, jallais à lamesse dans votre belle église; mais je ne sais plus jen suis :jattends avec impatience des nouvelles de ce lieu- et des ma-nières de lévêque. Il y avait dans mon dernier paquet une lettrequi me donnait beaucoup despérance. Quoique vous ayez étédeux ordinaires sans mécrire, jespère un peu vendredi davoirune lettre de vous, et si je nen ai point, vous avez été si pré-voyante, que je ne serai point en peine ; il y a des soins, comme,par exemple, celui-, qui marquent tant de bonté, de tendresseet damitié, quon est charmé. Amen, ma très-chère et très-ai-mable ; je ne veux point vous écrire davantage aujourdhui,quoique mon loisir soit grand : je nai que des riens à vous man-der, cest abuser dune lieutenante générale qui tient les étatsdans une ville, et qui nest pas sans affaires; cela est bon quandvous êtes dans votre palais dApollidon. Notre abbé, notreMousse sont toujours tout à vous; et pour moi, ma fille, ai-jebesoin de vous dire ce que je vous suis et ce que vous mêtes?

Le comte de Guiche est à la Cour tout seul de son air et de samanière, un héros de roman, qui ne ressemble point au restedes hommes : voilà ce quon me mande.

72. A madame de Grignan.

Aux Kochcrs, mercredi 28 octobre 1671.

Oes scorpions, ma fille! il me semble que cétait un vrai