DE MADAME DE SÉVI «.NÉ.
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telles tristesses à mon cœur, que, si elles étaient continuellescomme elles sont vives, je n’y pourrais pas résister; sur cela ilfaut faire des actes de résignation à l’ordre et à la volonté deDieu. M. Nicole n’est-il pas encore admirable là-dessus? J’ensuis charmée, je n’ai rien vu de pareil. 11 est vrai que c’est uneperfection un peu au-dessus de l’humanité, que l’indifférencequ’il veut de nous pour l’estime ou l’improbation du monde;je suis moins capable que personne de la comprendre ; mais,quoique dans l’exécution on se trouve faible, c’est pourtant unplaisir que de méditer avec lui et de faire réflexion sur la vanitéde la joie ou de la tristesse que nous recevons d’une telle fumée ;et, à force de trouver ses raisonnements vrais, il ne serait pasimpossible qu’on s’en, servît dans certaines occasions. En unmot, c’est toujours un trésor, quoi que nous en puissions faire,d’avoir un si bon miroir des faiblesses de notre cœur. M. d’An-dilly est aussi content que nous de ce beau livre.
M. de Coulanges vous a gagné votre argent, mais vous avezbien ri en récompense : rien ne peut égaler ce qu’il écrit à safemme, Je ne crois pas que je le quitte cet hiver, tant je serairavie de parler de vous avec un homme qui vous a vue et ad-mirée de si près. Pour Adhémar, puisqu’il est méchant, je lechasserai ; il est vrai qu’il a un régiment et qu’il entrera parforce. On me mande que ce régiment est une distinction agréable;mais n’est-ce point aussi une ruine? Ce que je trouve de bon,c’est que le roi se soit souvenu du chevalier de Grignan, en ab-sence; plût à Dieu qu’il se souvînt aussi de son aîné, puisqu’ilva bien jusqu’en Suède chercher de fidèles serviteurs. On dit queM. de Pomponne fait sa charge comme s’il n’avait jamais faitautre chose ; personne ne s’y est trompé.
J’aime le coadjuteur de m’aimer encore. Adhémar, chevalier,approchez-vous, que je vous embrasse; je suis attachée à cesGrignans. Il s’en faut bien que le livre de M. Nicole fasse en moid’aussi beaux effets qu’en M. de Grignan ; j’ai des liens de touscôtés, mais surtout j’en ai un qui est dans la moelle de mes os ;et que fera là-dessus M. Nicole? Mon Dieu, que je sais bienl’admirer! mais que je suis loin de cette bienheureuse indiffé-rence qu’il nous veut inspirer ! Conservez-vous, ma fille, si vousm’aimez. Je sens de la tristesse de voir tous vos visages de Parisvous quitter l’un après l’autre ; il est vrai que vous avez votremari, qui est aussi un visage de Paris. Ma fille, il ne faut pointse laisser oublier dans ce pays-là, il faut que je vous ramène ; jevous en ferai demeurer d’accord.