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bêlas! si vous les baissiez, vous n’auriez qu’à brûler mes lettressans les lire. Notre abbé vous embrasse paternellement; il vousconjure de faire, pendant que vous y serez, tous les enfants quevous voudrez faire, et de n’en point garder pour quand nous ar-riverons. Adieu, ma très-chère ettrès-aimable; je vous recom-mande ma vie.
7G. A madame de Grignan.
Aux hochera, dimanche 19 novembre 1671.
Il m’est impossible, très-impossible de vous dire, ma chèrelille, la joie que j’ai reçue en ouvrant ce bienheureux paquet quim’a appris voire heureux accouchement. En voyant une lettrede M. de Grignan, je me suis doutée que vous étiez accouchée ;mais de ne point voir de ces aimahles dessus de lettres de votremain, c’était une étrange affaire. Il y en avait pourtant une devous du 18; mais je la regardais sans la voir, parce que celle deM. de Grignan me troublait la tète; enfin je l’ai ouverte avec untremblement extraordinaire, et j’ai trouvé tout ce que je pouvaissouhaiter au monde. Que pensez-vous qu’on fasse dans ces ex-cès de joie? Demandez au coadjuteur; vous ne vous y êtes ja-mais trouvée. Savez-vous donc ce que l’on fait? Le cœur se serre,et l’on pleure sans pouvoir s’en empêcher; c’est ce que j’ai fait,ma très-belle, avec beaucoup de plaisir : ce sont des larmesd’une douceur qu’on ne peut comparer à rien, pas même auxjoies les plus brillantes. Comme vous êtes philosophe, vous sa-vez les raisons de tous ces effets ; pour moi, je les sens, et jem’en vais faire dire autant de messes pour remercier Dieu decette grâce, que j’en faisais dire pour la lui demander. Si l’étatoù je suis durait longtemps, la vie serait trop agréable; mais ilfout jouir du bien présent, les chagrins reviennent assez tôt. Lajolie chose d’accouéher d'un garçon, et de l’avoir fait nommerpar la Provence 1 ! voilà qui est à souhait. Ma fille, je vous re-mercie plus de mille fois des trois lignes que vous m’avi z écri-tes : elles m’ont donné l’achèvement d’une joie complète. Monabbé est transporté comme moi, et notre Mousse est ravi. Adieu,mon ange ; j’ai bien d’autres lettres à écrire que la vôtre.
77. A madame de Grignan.
A Paris, fnercredi a 3 décembre 1671.
Je vous écris un peu de provision, parce que je veux causer unmoment avec vous. Après que j'eus envoyé mon paquet le jourde mon arrivée, le petit Dubois m'apporta celui que je croyais
’ U fui tenu sur les fouts par tes procureurs du pays de Provence, et nomméLouis-Provence.