I.KTTUKS
170
Voilà Madeleine-Agnès qui entre, et qui vous salue en Notre-Seigneur.'
8 G. A madame de Grignan.
A Paris , mercredi 5 février 1671.
J’eus hier une heure de conversation avec M. de Pomponne 1 :il faudrait plus de papier qu’il n’y en a dans mon cabinet pourvous dire la joie que nous eûmes de nous revoir, et comme nouspassions à la hâte sur mille chapitres, que nous n’avions pas letemps de traiter à fond. Enfin je ne l’ai point trouvé changé; ilest toujours parfait ; il croit que je vaux plus que je ne vaux ef-fectivement : son père lui a fait comprendre qu’il ne pouvait l’o-bliger plus sensiblement qu’en m’obligeant en toutes choses :mille autres raisons, à ce qu’il dit, lui donnent ce môme désir,et surtout il se trouve que j’ai le gouvernement de Provence surles bras; c’est un prétexte admirable pour avoir bien des affairesensemble : voilà le seul chapitre qui ne fut point étranglé. Jelui parlai à loisir de l’évêque ; il sait écouter aussi bien que ré-pondre, et crut aisément le plan que je lui fis des manières duprélat ; il ne me parut pas qu’il approuvât qu’un homme de saprofession voulût faire le gouverneur : il me semble que je n’ou-bliai rien de ce qu’il fallait dire : il me donne toujours de l’es-prit ; le sien est tellement aisé, qu’on prend, sans y penser, uneconliance qui fait qu’on parle heureusement de-tout ce qu’onpense : je connais mille gens qui font le contraire. Enfin, mafille, sans vouloir m’attirer de nouvelles douceurs , dont vousêtes prodigue pour moi, je sortis avec une joie incroyable, dansla pensée que cette liaison avec lui vous serait très-utile; noussommes demeurés d’accord de nous écrire; il aime mon stylenaturel et dérangé, quoique le sien soit celui de l’éloquence mê-me. Je vous mandai l’autre jour de tristes nouvelles du pauvrechevalier, on venait de me les donner de même ; j’appris le soirqu’il n’était pas si mal, et enfin il est encore en vie, quoiqu’il aitété au-delà de l’extrême-onction, et qu’il soit encore très-mal :sa petite vérole sort et sèche en même temps; il me semble quec’est comme celle de madame de Saint-Simon. Ripert vous enécrira plus sûrement que moi ; j’en sais pourtant tous les joursdes nouvelles,, et j’en suis dans une très-véritable inquiétude ; jel’aime encore plus que je ne pensais. Cette nuit, madame la prin-cesse de Conti est tombée er. apoplexie : elle n’est pas encore mor-te,, mais elle n’a aucune connaissance ; elle est sans pouls et sansparole ; on la martyrise pour la faire revenir : il y a ce'nt per-sonnes dans sa chambre, trois cents dans sa maison : on pleure,
» Ministre des affaires étrangères.