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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

dites. Je vous envoie quatre rames de papier, vous savez à quellecondition : jespère en recevoir la plus grande partie entre ci etPâques ; après cela, jaspirerai à dautres plaisirs.

On ma assuré ce matin que le chevalier se portait mieux :jespère en sa jeunesse; je prie Dieu de tout mon cœur quilnous le redonne. Madame la princesse de Conti mourut sept ouhuit heures après que jeus fermé mon paquet, cest-à-dire hierà quatre heures du matin, sans aucune connaissance ni avoirjamais dit une seule parole de bon sens : elle appelait quelque-fois Cécile, une femme de chambre, et disait : Mon Dieu î Oncroyait que son esprit allait revenir , mais elle nen disait pasdavantage. Elle expira en faisant un grand cri et au milieu duneconvulsion qui lui fit imprimer ses doigts dans le bras dunefemme qui la tenait. La désolation de sa chambre ne peut sex-primer : M. le duc, MM. les princes de Conti, madame de Lon-gueville, madame de Gamaches, pleuraient de tout leur cœur.Madame de Gesvres avait pris le parti des évanouissements,madame de Brissac de crier les hauts cris et de se jeter par laplace. 11 fallut les chasser, parce quon ne savait plus ce quonfaisait. Ces deux personnages nont pas réussi : qui prouve tropne prouve rien, dit je ne sais qui. Enfin, la douleur est univer-selle. Le roi a paru touché et a fait son panégyrique, en disantquelle était plus considérable par sa vertu que par la grandeurde sa fortune. M. le Prince est tuteur : il y a vingt mille écusaux pauvres, autant à ses domestiques ; elle veut être enterréeà sa paroisse tout simplement, comme la moindre femme. Je nesais si ce détail est à propos ; mais vous voulez et vous souffrezque mes lettres soient longues, et voilà le hasard que vous cou-rez. Je vis hier sur son lit pette sainte princesse; elle était défi-gurée par le martyre quon lui avait faitàla bouche : on lui avaitrompu deux dents et brûlé la tête, cest-à-dire que si les pau-vres patients ne mouraient point de lapoplexie, ils seraient àplaindre de létat on les met. Il y a de belles réflexions à fairesur cette mort, cruelle pour toute autre, mais très-heureusepour elle qui ne la point sentie, et qui était toujours préparée.Brancas en'est pénétré.

Joubliai avant-hier de vous mander que javais rencontré Ca-naples à Notre-Dame, et quaprès mille amitiés pour M. de Gi i-gnan, il me dit que le maréchal de Villeroi lavait assuré que leslettres de M. de Grignan étaient admirées dans le conseil, quonles lisait avec plaisir, et que le roi avait dit quil nen avait ja-mais vu de mieux écrites : je lui promis de vous le mander.Cette dame que je ne vous nommai point dans ma dernière let-tre, cétait madame de Louvois. A propos, M. de Louvois estentré et assis au conseil depuis quatre jours, en qualité de mi-