UE MADAME DE SÉVICNÉ.
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nistre. Le roi scellera demain avec six conseillers d'Élat et qua-tre maîtres des requêtes; on ne sait combien cela durera : voilàune belle charge, dont Sa Majesté s’acquittera très-bien. Il mevient des pensées folles sur le chancelier ; mais où puis-je lesavoir prises, dans le chagrin où je suis depuis deux ou troisjours? Cette Veille, ce jour , ce lendemain , ce temps de votredépart de l’année passée, tout cela m’a tellement touché le cœuret l’esprit, que j’en avais sans cesse les larmes aux yeux malgrémoi; car rien n’est moins utile que les douleurs d’une chose surlaquelle on n’a plus aucun pouvoir : on se tue, on se dévorehors de propos, aussi bien qu’à faire des souhaits et des châ-teaux en Espagne : vous ôtes trop sage pour les aimer ; et moi,je les aime.
88. A madame 6e Grignan.
A Paris, vendredi ta février 167a.
Je ne puis, ma chère fille, qu’être en peine de vous , quandje songe au déplaisir que vous aurez de la mort du pauvre che-valier. Vous l’aviez vu depuis peu : c’était assez pour l’aimerbeaucoup, et pour connaître encore plus toutes les bonnes qua-lités que Dieu avait mises en lui. Il est vrai que jamais hommen’a été mieux né et n’a eu des sentiments plus droits et plussouhaitables, avec une très-belle physionomie et une trcs-grandetendresse pour vous; tout cela le rendait infiniment aimable etpour vous-et pour tout le monde. Je comprends bien aisémentvotre douleur , puisque je la sens en moi : cependant j’entre-prends de vous amuser un quart d’heure, et par des choses oùvous avez intérêt, et par le récit de ce qui se passe dans lemonde.
J’ai eu une grande conversation avec M. Le Camus : il entre siparfaitement bien dans nos sentiments, qu’il me donne des con-seils ; il est piqué des conduites malhonnêtes ; et comme il ena de fort contraires, il n’a nulle peine à entrer dans nos vues,où la droiture et la sincérité sont en usage : c’est ce dont il nefaut point se départir, quoi qu’il arrive ; cette mode revient tou-jours. On ne trompe guère longtemps le monde, et les fourbessont entin découverts, j’en suis persuadée. M. de Pomponnen’est pas moins opposé à ce qui lui est si contraire; et je vouspuis assurer que, si j’étais aussi habile sur toutes choses que jele suis pour discourir là-dessus, il ne manquerait rien à ma ca-pacité. Dites-moi quelquefois quelque chose d’agréable pour M. LeCamus : ce sont des faveurs précieuses pour lui, et d’autantplus qu’il n’est obligé à aucune réponse.
Le marquis de Villeroi est donc parti pour Lyon comme jevous l’ai mandé ; le roi lui fit dire par le maréchal de Créqui