Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
188
JPEG-Download
 

188

LETTRES

bizarre ; la fable est jolie, mais ce nest rien au prix de celles quisuivront. Je ne sais ce que cest que Pot au lait *.

Jai souvent des nouvelles de mon pauvre enfant; la guerreme déplaît fort, pour lui premièrement, et puis pour les autresque jaime. Madame de Vaudemont est à Anvers, nullement dis-posée à revenir ; son mari est contre nous. Madame de Cour-celles 8 sera bientôt sur la sellette ; je ne sais si elle touchera ilpetto adamantino de M. dAvaux 3 ; mais jusquici il a été aussirude à la Tournelle que dans sa réponse. Ma fille , jécris sansmesure, encore faut-il finir : en écrivant aux autres, on est aisedavoir écrit; et moi, jaime à vous écrire par-dessus touteschoses. Jai mille amitiés à vous faire de M. de La Rochefoucauld,de notre cardinal, de Barillon, et surtout de madame Scarron,qui vous sait bien louer à ma fantaisie ; vous êtes bien selon songoût. Pour M. et madame de Coulanges, M. labbé, ma tante,ma cousine, la Mousse, cest un cri général pour me prier deparler deux ; mais je ne suis pas toujours en humeur de fairedes litanies : jen oublie encore : en voilà pour longtemps. Lepauvre Ripert est toujours au lit : il me vient des pensées sur sonmal; que diantre a-t-il? Jaime toujours ma petite enfant, mal-gré les divines beautés de son frère.

Adieu, ma chère enfant, jembrasse votre comte; je laimeencore mieux dans son appartement que dans le vôtre. Hélas!quelle joie de vous voir belle taille, en santé, en état daller, detrotter comme une autre. Donnez-moi le plaisir de vous revoirainsi.

92. A madame de Grignan.

A Paris, mercredi 16 mars 1672.

Vous me parlez de mon départ : ah! ma fille, je languis danscet espoir charmant ; rien ne marrête que ma tante 4 , qui semeurt de douleur et dhydropisie : elle me brise le cœur par lé-tat elle est, et par tout ce quelle dit de tendre et de bon sens ;son courage, sa patience , sa résignation, tout cela est admira-ble. M. dHacqueville et moi, nous suivons son mal jour à jour :il voit mon cœur, et la douleur que jai de nêtre pas libre toutprésentement : je me conduis par ses avis; nous verrons entreci et Pâques: si son mal augmente, comme il a fait depuis que jesuis ici, elle mourra entre nos bras ; si elle reçoit quelque soula-

1 Autre fable de La Fontaine, dont la moralité est la même que celle du Curé etle Mort. Voyez la fable x du livre Vil.

* Lune des plus belles femmes de son temps, et des moins sages. Elle était fillede Joachim de Lénoncourt, marquis de Marollcs, et dIsabelle-Clairc-Eugénie deCromerg.

3 Le président de Mesmes, père du premier président de ce nom.

4 Henriette de Coulanges,, marquise de La Trousse.^