DK MADAME DE SÊVIG.NÊ.
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gement, et qu’elle prenne le train de languir, je partirai dès queM. de Coulanges sera revenu. Notre pauvre abbé est au déses-poir, aussi bien que moi ; nous verrons donc comme cet excèsde mal se tournera dans le mois d’avril : je n’ai que cela dansla tête : vous ne sauriez avoir tant d’envie de me voir que j’en aide vous embrasser : bornez votre ambition, et ne croyez pasme pouvoir jamais égaler là-dessus.
Mon fils me mande qu’ils sont misérables en Allemagne, etne savent ce qu’ils font. Il a été très-aflligé de la mort du che-valier de Grignau. Vous me demandez, ma chère enfant, si j’aimetoujours bien la vie : je vous avoue que j’y trouve des chagrinscuisants; mais je suis encore plus dégoûtée de la mort : je metrouve si malheureuse d’avoir à finir tout ceci par elle, que, sije pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux.Je me trouve dans un engagement qui m’embarrasse : je suisembarquée dans la vie sans mon consentement; il faut que j’ensorte, cela m’assomme; et comment en sortirai-je? par où? parquelle porte ? quand sera-ce ? en quelle disposition? Souffrirai-jemille et mille douleurs, qui me feront mourir désespérée? Au-rai-je un transport au cerveau ? mourrai-je d’un accident? com-ment serai-je avec Dieu? qu’aurai-je à lui présenter? la crainte,la nécessité, feront-elles mon retour vers lui? N’aurai-je aucunautre sentiment que celui de la peur? Que puis-je espérer? Suis-je digne du paradis? suis-je digne de l’enfer? Quelle alternative !quel embarras ! Rien n’est si fou que de mettre son salut dansl’incertitude; mais rien n’est si naturel, et la sotte vie que jemène est la chose du monde la plus aisée à comprendre : je m’a-bîme dans ces pensées, et je trouve la mort si terrible, que jehais plus la vie parce qu’elle m’y mène, que par les épines dontelle est semée. Vous me direz que je veux donc vivre éternelle-ment ; point du tout : mais si on m’avait demandé mon avis,j’aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice; celam’aurait ôté bien des ennuis, et m’aurait donné le ciel bien sû-rement et bien aisément : mais parlons d’autre chose.
Je suis au désespoir que vous ayez eu Bajazet par d’autres quepar moi ; c’est ce chien de Barbin 1 qui me hait, parce que je nefais pas des Princesses de Clèves et de Montpensier*. Vous avezjugé très-juste et très-bien de Bajazet, et vous aurez vu que jesuis de votre avis. Je voulais vous envoyer la Champmeslé pourvous réchauffer la pièce. Le personnage de Bajazet est glacé; lesmœurs des Turcs y sont mal observées, ils ne font point tantde façons pour se marier; le dénouement n’est point bien pré-paré; on n’entre point dans les raisons de cette grande tuerie :
» Fameux libraire de ce temps-là , dont parle Boileau.
* Romans de madame de l.a Fayette.