DE MAI)ANE DE SÉV1ÜNÉ.
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« il ferait cardinal un palefrenier?» M. de Bonzi fut surpris; et,devinant l'affaire, il lui répondit : « 11 est vrai, Monsieur, qne le« pape choisit qui il lui plaît, mais nous n’avons pas vu jus-« qu’ici qu’il ait pris des cardinaux dans son écurie. » C’est lecardinal de Bouillon qui m’a conté ce détail.
Écrivez un peu à notre cardinal, il vous aime : le faubourg 'vous aime; madame Scarron vous aime, elle passe ici le ca-rême, et céans presque tous les soirs. Barillon y est encore, etplût à Dieu, ma belle, que vous y fussiez aussi ! Adieu, mon en-fant, je ne finis point; je vous défie de pouvoir comprendrecombien je vous aime.
95. A madame de Grignan.
A Paris, vendredi 8 avril 167a.
La guerre est déclarée, on ne parle que de partir, Canaples ademandé permission au roi d’aller servir dans l’armée du roid’Angleterre ; et en effet il est parti malcontent de n’avoir paseu d’emploi en France. Le maréchal du Plessis ne quittera pointParis, il est bourgeois et chanoine; il met à couvert tous seslauriers, et jugera des coups : je ne trouve pas qu’avec une sibelle et si grande réputation, son personnage soit mauvais. Ildit au roi qu’il portait envie à ses enfants, qui avaient l’hon-neur de servir Sa Majesté ; que pour lui il souhaitait la mort,puisqu’il n’était plus bon à rien. Le roi l’embrassa tendrementet lui dit : « M. le maréchal, on ne travaille que pour approcher« de la réputation que vous avez acquise; il est agréable de se« reposer après tant de victoires. » En effet, je le trouve heu-reux de ne point mettre au caprice de la fortune ce qu’il a ac-quis pendant toute sa vie. Le maréchal de Bellefonds est à laTrappe pour la semaine sainte : mais, avant que départir, ilparla fort fièrement à M. de Louvois, qui voulait faire quelqueretranchement sur sa charge de général sous M. le Prince : ilfit juger l’affaire par Sa Majesté, et l’emporta comme un galanthomme.
La reine m’attaque toujours sur vos enfants, et sur mon voyagede Provence, et trouve mauvais que votre fils vous ressemble,et votre fille à son père ; je lui réponds toujours la même chose.Madame Colbert me parle souvent de votre beauté; mais qui nem’en parle point? Ma fille, savez-vous bien qu’il faut un peu re-venir voir tout ceci ? Je vous en faciliterai les moyens d’une ma-nière qui vous ôteiade toutes sortes d’embarras. J’ai parlé d’unpremier président à M. de Pomponne; il n’y voit encore goutte ;il croit pourtant que ce sera un étranger ; j’y ai consenti.
1 C’est-à-dire M. de La Rochefoucauld cl madame de La Fayette, qui demeu-raient l’un et l’autre au faubourg Saint-Germain.