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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SfiVIGNÉ.

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ges; cétait une chose résolue, sans le pitoyable étal setrouve ma tanle : mais il faut avoir encore patience; rien nemarrêtera, dès que je serai libre de partir : je viens dacheterun carrosse de campagne, je fais faire des habits; enfin je par-tirai du jour au lendemain. Jamais je nai rien souhaité avectant de passion ; fiez-vous à moi pour ny pas perdre un mo-ment : cest mon malheur qui me fait trouver des retardements les autres nen trouvent point.

Je voudrais bien vous pouvoir envoyer notre cardinal ; ce se-rait un grand amusement de causer avec lui : je ne vous trouverien qui puisse vous divertir; mais, au lieu de prendre le che-min de Provence, il sen va à Commerci. On dit que le roi aquelque regret du départ de Canaples : il avait un régiment, ila été cassé; il a demandé dix abbayes, on les lui a toutes refu-sées; il a demandé de servir daide-de-cam p cette campagne : ilest refusé; sur cela il écrit à son frère aîné une lettre pleine dedésespoir et de respect tout ensemble pour Sa Majesté, et sen vasur le vaisseau du duc dYork*, qui laime et lestime : voilàlhistoire un peu plus en détail. On ne parle plus que de guerreet de partir : tout le monde est triste, tout le monde est ému.

Le maréchal de Gramont était lautre jour si transporté dela beauté dun sermon de Bourdaloue, quil sécria tout haut, enun endroit qui le toucha : Mordieu, il a raison! Madame éclatade rire; et le sermon en fut tellement interrompu, quon ne sa-vait ce qui en arriverait. Je ne crois pas, de la façon que vousdépeignez vos prédicateurs, que si vous les interrompez, ce soitpar des admirations. Adieu, ma très-chère et très-aimable;quand je pense au pays qui nous sépare, je perds la raison, etje nai plus de repos. Je blâme Adhémar davoir changé de nom ;cest le petit dénaturé,

' DS. A madame de Grîgnan.

A Paris, vendredi as avril 167a.

Je reçus votre lettre du 13 juslement quand on ne pouvaitplus y faire réponse : quelque soin que jeusse pris à la, poste,elle avait été abandonnée à la paresse des facteurs ; et voilà pré-cisément ce que je crains. Je ferai mon possible pour retrouverquelque nouvel ami (ou bureau de la poste), ou plutôt je vousavoue que je voudrais bien men aller, et que ma pauvre tanteeût pris un parti : cela est barbare à dire ; mais il est bien bar-bare aussi de trouver ce devoir sur mon chemin, lorsque jesuis prête à vous aller voir; létat je suis nest pas aimable.Je vous envoie une petite cravate, tout comme on les porte ;

* Château près de Saint-Michel et de Toul, en Lorraine.

* Depuis Jacques 11 , roi dAngleterre.

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