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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LKT 1RES

07. A madame de Grignan.

A Paris , mercredi *7 avril 167».

Je men vais faire réponse à vos deux lettres, et puis je vousparlerai de ce pays-ci. M. de Pomponne a vu la première, et jelui ferai voir encore une grande partie de la seconde : il estparti; ce fut en lui disant adieu que je lui montrai votre lettre,ne pouvant jamais mieux dire que ce que vous écrivez sur vosaffaires : il vous trouve admirable ; je nose vous dire à quelstyle il compare le vôtre, ni les louanges quil lui donne; enfinil ma fort priée de vous assurer de son estime, et des soins quilaura toujours de tout ce qui pourra vous le témoigner : il a étéravi de votre description de la Sainte-Baume, il le sera encoredavantage de votre seconde lettre. On ne peut pas mieux écriresur cette affaire, ni plus nettement; je suis très-assurée que vo-tre lettre obtiendra tout ce que vous souhaitez ; vous en verrez laréponse ; je nécrirai quun mot, car, en vérité, ma bonne, vousnavez pas besoin dêtre secourue dans cette occasion ; je trouvetoute la raison de votre côté ; je nai jamais su cette affaire parvous, ce fut M. de Pomponne qui me lapprit comme on la luiavait apprise : mais il ny a rien à répondre à ce que vous menécrivez, il aura le plaisir de le lire. Lévêque (de Marseille) té-moigne en toute rencontre quil sera fort aise de se raccommo-der avec vous : il a trouvé ici toutes choses assez bien disposéespour lui faire souhaiter une réconciliation dont il se fait hon-neur, comme dun sentiment convenable à sa profession. Oncroit que nous aurons, entre ci et demain, un premier présidentde Provence. Je vous remercie de votre relation de la Sainte-Baume et de votre jolie bague ; je vois que le sang na pas bienbouilli à votre gré. Madame la Palatine a eu une fois la mêmecuriosité que vous ; elle nen fut pas plus satisfaite. Vous nemôterez pas lenvie de voir cette affreuse grotte; plus on y ade peine, plus il faut y aller ; et, au bout du compte, je ne mensoucie que faiblement: je ne cherche que vous en Provence;quand je vous aurai, jaurai tout ce que je souhaite. Ma tanteest toujours très-mal ; laissez-nous le soin de partir, nous nesouhaitons autre chose; et même sil y avait quelque espérancede langueur, nous prendrions notre parti ; je lui dis mille ten-dresses de votre part, quelle reçoit très-bien. M. de La Trousselui en a écrit dexcessives; ce sont des amiliés de lagonie, dontje ne fais pas grand cas ; jen quitte ceux qui ne commenceraientque à maimer. Ma fille, il faut aimer pendant la vie, commevous faites; la rendre douce et agréable, ne point noyer da-mertume et combler de douleur ceux qui nous aiment ; il esttrop tard de changer quand on expire. Vous savez comme jai