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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIUNÊ.

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toujours n i des bons fonds; je nen connais que dune sorte, etle vôtre doit contenter les plus difficiles. Je vois les choses com-me elles sont ; croyez-moi, je ne suis point folle; et pour vousle montrer, cest quon ne peut jamais être plus contente dunepersonne que je le suis de vous. Jenverrai à madame de Coulan-ges ce qui lui appartient de votre lettre ; elle sera mise en piè-ces : il men restera encore quelques centaines pour men con-soler, tout aimables quelles sont, je souhaite extrêmement denen plus recevoir. Venons aux nouvelles.

Le roi part demain. Il y aura cent mille hommes hors de Pa-ris ; on a fait ce calcul dans les quartiers à peu près. Il y a qua-tre jours que je ne dis que des adieux. Je fus hier à lArsenal :je voulais dire adieu au grand-maître 1 , qui métait venu cher-cher; je ne le trouvai pas, mais je trouvai La Troche, qui pleu-rait son fils, et la comtesse*, qui pleurait son mari : elle avaitun chapeau gris, quelle enfonçait, dans lexcès de ses déplai-sirs ; cétait une chose plaisante ; je crois que jamais chapeau nesest trouvé à une pareille fête : jaurais voulu ce jour- mettreune coiffe ou une cornette. Enfin ils sont partis tous deux ce ma-tin, la femme pour le Lude, et le mari pour la guerre ; mais quelleguerre ! la plus cruelle, la plus périlleuse dont on ait jamais ouïparler, depuis le passage de Charles VIII en Italie. On la dit auroi. LYssel est défendu, et bordé de deux cents pièces de canon,de soixante mille hommes de pied, de trois grosses villes, dunelarge rivière qui est encore au-devant. Le comte de Guiche, quisait le pays, nous montra lautre jour cette carte chez madamede Verneuil; cest une chose étonnante. M. le Prince est fort oc-cupé de cette grande affaire. Il lui vint lautre jour une manièrede fou assez plaisant, qui lui dit quil savait fort bien faire dela monnaie. « Mon ami, lui dit-il, je te remercie ; mais si tu sais« une invention pour nous faire passer lYssel sans être assom-« més, tu me feras grand plaisir, car je nen sais point. » Il aurapour lieutenants généraux MM. les maréchaux dHumières et deBellefonds. Voici un détail quon est bien aise de savoir. Lesdeux armées se joindront ; le roi commandera à Monsieur ; Mon-sieur à M. le Prince ; M. le Prince à M. de Turenne; et M. deTurenne aux deux maréchaux, et même à larmée du maréchalde Créqui. Le roi parla donc à M. de Bellefonds, et lui dit queson intenlion était quil obéit à M. de Turenne, sans conséquence.Le maréchal, sans demander du temps (voilà sa faute), réponditquil ne serait pas digne de lhonneur que lui a fait Sa Majesté,sil se déshonorait par use obéissance sans exemple. Le roi le

Le comte du lude, grand-matlie de l'artillerie.

* Henée-Eléonore de Itou il, première femme du cotnie du l.ude, aimait beau-*oup la chasse, et était toujours vêtue en homme.