DE MADAME DE SÉVIUNÊ.
107
toujours n i des bons fonds; je n’en connais que d’une sorte, etle vôtre doit contenter les plus difficiles. Je vois les choses com-me elles sont ; croyez-moi, je ne suis point folle; et pour vousle montrer, c’est qu’on ne peut jamais être plus contente d’unepersonne que je le suis de vous. J’enverrai à madame de Coulan-ges ce qui lui appartient de votre lettre ; elle sera mise en piè-ces : il m’en restera encore quelques centaines pour m’en con-soler, tout aimables qu’elles sont, je souhaite extrêmement den’en plus recevoir. Venons aux nouvelles.
Le roi part demain. Il y aura cent mille hommes hors de Pa-ris ; on a fait ce calcul dans les quartiers à peu près. Il y a qua-tre jours que je ne dis que des adieux. Je fus hier à l’Arsenal :je voulais dire adieu au grand-maître 1 , qui m’était venu cher-cher; je ne le trouvai pas, mais je trouvai La Troche, qui pleu-rait son fils, et la comtesse*, qui pleurait son mari : elle avaitun chapeau gris, qu’elle enfonçait, dans l’excès de ses déplai-sirs ; c’était une chose plaisante ; je crois que jamais chapeau nes’est trouvé à une pareille fête : j’aurais voulu ce jour-là mettreune coiffe ou une cornette. Enfin ils sont partis tous deux ce ma-tin, la femme pour le Lude, et le mari pour la guerre ; mais quelleguerre ! la plus cruelle, la plus périlleuse dont on ait jamais ouïparler, depuis le passage de Charles VIII en Italie. On l’a dit auroi. L’Yssel est défendu, et bordé de deux cents pièces de canon,de soixante mille hommes de pied, de trois grosses villes, d’unelarge rivière qui est encore au-devant. Le comte de Guiche, quisait le pays, nous montra l’autre jour cette carte chez madamede Verneuil; c’est une chose étonnante. M. le Prince est fort oc-cupé de cette grande affaire. Il lui vint l’autre jour une manièrede fou assez plaisant, qui lui dit qu’il savait fort bien faire dela monnaie. « Mon ami, lui dit-il, je te remercie ; mais si tu sais« une invention pour nous faire passer l’Yssel sans être assom-« més, tu me feras grand plaisir, car je n’en sais point. » Il aurapour lieutenants généraux MM. les maréchaux d’Humières et deBellefonds. Voici un détail qu’on est bien aise de savoir. Lesdeux armées se joindront ; le roi commandera à Monsieur ; Mon-sieur à M. le Prince ; M. le Prince à M. de Turenne; et M. deTurenne aux deux maréchaux, et même à l’armée du maréchalde Créqui. Le roi parla donc à M. de Bellefonds, et lui dit queson intenlion était qu’il obéit à M. de Turenne, sans conséquence.Le maréchal, sans demander du temps (voilà sa faute), réponditqu’il ne serait pas digne de l’honneur que lui a fait Sa Majesté,s’il se déshonorait par use obéissance sans exemple. Le roi le
’ Le comte du lude, grand-matlie de l'artillerie.
* Henée-Eléonore de Itou il lé, première femme du cotnie du l.ude, aimait beau-*‘■oup la chasse, et était toujours vêtue en homme.