Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
212
JPEG-Download
 

212

LETTRES

cher dune ville pour quelle se rende à lui. Sans lexcès de bra-voure de M. de Longueville, qui lui a causé la mort et à beaucoupdautres, tout aurait été à souhait; mais, en vérité, la Hollandeentière ne vaut pas un tel prince, Noubliez pas d'écrire à M. deLa Rochefoucauld sur la mort de son chevalier et la blessurede M. de Marsillac ; nallez pas vous fourvoyer : voilà ce quil'afflige. Hélas! je mens; entre nous, ma fille, il na pas senti laperte du chevalier, et il est inconsolable de celui que tout lemonde regrette. Il faut écrire aussi au maréchal du Plessis. Tousnos pauvres amis sont encore en santé. Le petit La Troche 1 apassé des premiers à la nage; on la distingué. Si je ne suis en-core ici, dites-en un mot à sa mère, cela lui fera plaisir.

Ma pauvre tante me pria lautre jour, par signes, de vous foiremille amitiés, et de vous dire adieu; elle nous fit pleurer ; ellea été en peine de la pensée de votre maladie; notre abbé vousen fait mille compliments ; il faut que vous lui disiez toujoursquelque petite douceur, pour soutenir lextrême envie quil a devous aller voir. Vous êtes présentement à Grignan ; jespère quejy serai à mon tour aussi bien que les autres : hélas ! je suistoute prête. Jadmire mon malheur ; cest assez que je désirequelque chose, pour y trouver de lembarras. Je suis très-con-tente des soins et de l'amitié du coadjuteur ; je ne lui écriraipoint, il men aimera mieux ; je serai ravie de le voir et de cau-ser avec lui.

105. A madame de Grignan.

A. Paris, vendredi i Br juillet 1672.

Enfin, ma fille, notre chère tante a fini sa malheureuse vie :la pauvre femme nous a fait bien pleurer dans cette triste occa-sion ; et pour moi, qui suis tendre aux larmes, jen ai beaucouprépandu. Elle mourut hier matin à quatre heures, sans que per-sonne sen aperçût ; on la trouva morte dans son lit : la veille,elle était extraordinairement mal, et, par inquiétude, elle voulutse lever ; elle était si faible, quelle ne pouvait se tenir dans sachaise, et saffaissait et coulait jusquà terre; onia relevait.Mademoiselle de La Trousse se ilattait, et trouvait que cétaitquelle avait besoin de nourriture ; elle avait des convulsions àla bouche: ma cousine disait que cétaitun embarras que le laitavait fait dans sa bouche et dans ses dents : pour moi, je latrouvai très-mal. A onze heures, elle me fit signe de men aller :je lui baisai la main; elle me donna sa bénédiction, et je partis;ensuite elle prit son lait, par complaisance pour mademoisellede La Trousse; mais, en vérité, elle ne put rien avaler, et ellelui dit quelle nen pouvait plus ; on la recoucha , elle chassa

» François-Martin de Savonières de La Troche, alors âj;é de seize ans.