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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉV1GNÉ.

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ne partisse demain matin. Elle a reçu aujourdhui le viatiquepour la dernière fois ; mais comme son mal est dêtre entière-ment consumée. cette dernière goutte dhuile ne se trouve passitôt. Elle est debout, cest-à-dire dans sa chaise, avec sa robede chambre, sa cornette, une coiffe noire par-dessus, et sesgants : nulle senteur, nulle malpropreté dans sa chambre; maisson visage est plus changé que si elle était morte depuis huitjours ; les os lui percent la peau ; elle est entièrement étique etdesséchée; elle navale quavec des difficultés extrêmes; elle aperdu la parole. M. Vesou lui a signifié son arrêt ; elle ne prendplus de remèdes; la nature ne retient plus rien; elle nest quasiplus enflée, parce que lhydropisiea causé le dessèchement ; ellena plus de douleurs , parce quil ny a plus rien à consumer;elle est fort assoupie , mais elle respire encore, et voilà à quoielle tient : elle a eu des froids et des faiblesses qui nous ont faitcroire quelle était passée; on a voulu une fois lui donner lex-trême-onction. Je ne quitte plus ce quartier, de peur daccident.Je vous assure que , quelque chose que je voie au-delà, celtedernière scène me coûtera bien des larmes; cest un spectacledifficile à soutenir, quand on est tendre comme moi. Voilà, mafille, nous en sommes. Il y a trois semaines quelle nous donnacongé à tous, parce quelle avait encore un reste de cérémonie;mais présentement que le masqueest ôté, elle nous a fait enten-dre, à labbé et à moi, en nous tendant la main, quelle recevaitune extrême consolation de nous avoir tous deux dans ces der-niers moments ; cela nous creva le cœur, et nous fit voir quonjoue longtemps la comédie, et quà la mort on dit la vérité. Jene vous dis plus, ma fille, le jour de mon départ.

Comment pourrais-je vous Je dire?

Hien n'est plus incertain que l'heure de la mort *.

Mais enfin, pourvu que vous vouliez bien ne nous point man-der de ne pas partir, il est très-certain que nous partirons. Lais-sez-nous donc faire, vous savez comme je hais les remords : cemeût élé un dragon perpétuel que de navoir pas rendu les der-niers devoirs à ma pauvre tante. Je noublie rien de ce que jecrois lui devoir dans cette triste occasion.

Je nai point vu madame de Longueville ; on ne la voit point ;elle est malade : il y a eu des personnes distinguées, mais jenen ai pas été , et nai point de titre pour cela. Il ne paraitpas que la paix soit si proche que je vous lavais mandé ; maisil parait un air dintelligence partout, et une si grande promp-titude à se soumettre, quil semble que le roi nait quà sappro-

i Pensée d un madrigal de Montreuil.