DE MADAME* DE SÉVIGNÊ.
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25 octobre : je sentis tout ce que vous expliquiez si bien; maispuis-je assez vous remercier ni de votre bonne et tendre ami-lié, dont je suis très-convaincue, ni du soin que vous prenez de.me parler de toutes vos affaires? Ah! ma tille, c’est une grandejustice, car rien au monde ne me tient tant au cœur que tousvos intérêts, quels qu’ils puissent être : vos lettres sont ma vie,en attendant mieux.
J’admire que le petit mal de M. de Grignan ait prospéré aupoint que vous me le mandez, c’est-à-dire qu’il faut prendregarde en Provence au pli de sa chaussette ; je souhaite qu’il seporte bien et que la fièvre le quitte, car il faut mettre flambergeau vent : je hais fort celte petite guerre *.
Je reviens à vos trois hommes, que vous devez aimer très-solidement : ils n’ont tous que vos affaires dans la tête; ils onttrouvé à qui parler, et noire conférence a duré jusqu’à midi. LaGarde m’assure fort de l’amitié de M. de Pomponne; ils sonttous contents de lui. Si vous me demandez ce qu’on dit à Paris,et de quoi il est question, je vous dirai que l’on n’y parle que deM. et madame de Grignan, de leurs affaires, de leurs intérêts,de leur retour; enfin, jusqu’ici je ne me suis pas aperçue qu’ils’agisse d’autres choses. Les bonnes têtes vous diront ce qu’illeur semble de votre retour ; je ne veux pas que vous m’encroyiez, c.royez-en M. de La Garde. Nous avons examiné com-bien de choses doivent vous obliger de venir rajuster ce qu’a dé-rangé votre bon ami’et envers le maître et envers tous les prin-cipaux; enfin il n’y a point de porte où il n’ait heurté, et rienqu’il n’ait ébranlé par ses discours, dont le fond est du poisonchamarré d’un faux agrément : il sera bon même de dire touthaut que vous venez, et vous l’y trouverez peut-être encore, caril a dit qu’il reviendra; et c’est alors que M. de Pomponne ettous vos amis vous attendent pour régler vos allures à i’avenir :tant que vous serez éloignée, vous leur échapperez toujours ; et,en vérité, celui qui parle ici a trop d’avantage sur celui qui nedit mot. Quand vous irez à Orange, c’est-à-dire M. de Grignan,écrivez à M. de Louvois l’état des choses, atin qu’il n’en soitpoint surpris. Ce siège d’Orange me déplaît par mille raisons.J’ai vu tantôt M. de Pomponne, M. deBezons, madame d’Huxel-les, madame de Villars, l’abbé de Pontcarré, madame de Ra-tai; tout cela vous fait mille compliments, et vous souhaite.Entin croyez-en La Garde; voilà tout ce que’j’ai à vous dire. Onne vous conseille point ici d’envoyer des ambassadeurs, ontrouve qu’il faut M. de Grignan et vous : on se moque de la rai-son de la guerre. M. de Pomponne a dit à d’Hacqueville que les
' U s'agissait du sieye d'Orange.
1 Contre-vérité ; c’est de l’évêque de Marseille qu'il est question.