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LETTltES
affaires ne se démêleraient pas en Provence, et que quelquefoison a la paix lorsqu’on parle le plus de la guerre.
Despréaux a été avec Gourville voir M. le Prince. M. le Princevoulut qu’il vît son armée. Eh bien ! qu’en dites-vous? dit M. lePrince. Monseigneur, dit Despréaux, je crois qu’elle sera fortbonne quand elle sera majeure. C’est que le plus âgé n’a pas dix-huit ans.
La princesse de Modène 1 était sur mes talons à Fontainebleau ;elle est arrivée ce soir; elle loge à l’Arsenal. Le roi viendra lavoir demain ; elle ira voir la reine à Versailles, et puis adieu.
Veudredi au soir, 3 novembre.
M. de Pomponne m’est venu faire une visite de civilité : j’at-tends demain son heure pour l’aller entretenir chez lui. Il n’apas ouï parler d’une lettre de suspension ; voici un pays où l’onvoit les choses d’une autre manière qu’en Provence; toutes lesbonnes têtes la voudraient, cette suspension, crainte que vousne soyez trompés, et dans la vue d’une paix qu’ils veulent ab-solument: cependant on vous croit en lieu de voir plus clair surl’évènetnent du syndic; ainsi on ne veut pas faire une chose quivous pourrait déplaire ; la distance qui est entre nous ôte toutesorte de raisonnement juste. Lisez bien les lettres de d’Hacque-ville; tout ce qu’il mande est d’importance, vous ne sauriez tropl’aimer. Votre frère se porte très-bien : il ne sait encore où ilpassera l’hiver. Je suis instruite sur tous vos intérêts, et je disbien mieux ici qu’à Grignan. Nous avons ri du soin que vousprenez de me dire d’envoyer quérir La Garde et l’abbé de Gri-gnan : hélas ! les pauvres gens étaient au guet, et ne respiraientque moi. Je suis à vous, ma très-aimable, et je ne trouve debien employé que le temps que je vous donne : tcut cède aumoindre de vos intérêts. J’embrasse ce pauvre comte : dois-jel’aimer toujours? en êtes-vous contente?
115. A madame de Grignan.
A Paris, lundi 37 novembre 1673.
Votre lettre, ma chère fdle, me paraît d’un style triomphant :vous aviez votre compte quand vous me l’avez écrite ; vous aviezgagné vos petits procès ; vos ennemis paraissaient confondus ;vous aviez vu partir votre mari à la tête d’un drapello eletto;vous espériez un bon succès d’Orange. Le soleil de Provencedissipe au moins à midi les plus épais chagrins; enfin votre hu-meur est peinte dans votre lettre : Dieu vous maintienne danscette bonne disposition ! Vous avez raison de voir, d’où vous
1 Marie d’Este, qui alla : t épouser le duc d’York , frère de Charles H , roi d’An-gleterre.