Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
222
JPEG-Download
 

222

LETTltES

affaires ne se démêleraient pas en Provence, et que quelquefoison a la paix lorsquon parle le plus de la guerre.

Despréaux a été avec Gourville voir M. le Prince. M. le Princevoulut quil vît son armée. Eh bien ! quen dites-vous? dit M. lePrince. Monseigneur, dit Despréaux, je crois quelle sera fortbonne quand elle sera majeure. Cest que le plus âgé na pas dix-huit ans.

La princesse de Modène 1 était sur mes talons à Fontainebleau ;elle est arrivée ce soir; elle loge à lArsenal. Le roi viendra lavoir demain ; elle ira voir la reine à Versailles, et puis adieu.

Veudredi au soir, 3 novembre.

M. de Pomponne mest venu faire une visite de civilité : jat-tends demain son heure pour laller entretenir chez lui. Il napas ouï parler dune lettre de suspension ; voici un pays lonvoit les choses dune autre manière quen Provence; toutes lesbonnes têtes la voudraient, cette suspension, crainte que vousne soyez trompés, et dans la vue dune paix quils veulent ab-solument: cependant on vous croit en lieu de voir plus clair surlévènetnent du syndic; ainsi on ne veut pas faire une chose quivous pourrait déplaire ; la distance qui est entre nous ôte toutesorte de raisonnement juste. Lisez bien les lettres de dHacque-ville; tout ce quil mande est dimportance, vous ne sauriez troplaimer. Votre frère se porte très-bien : il ne sait encore ilpassera lhiver. Je suis instruite sur tous vos intérêts, et je disbien mieux ici quà Grignan. Nous avons ri du soin que vousprenez de me dire denvoyer quérir La Garde et labbé de Gri-gnan : hélas ! les pauvres gens étaient au guet, et ne respiraientque moi. Je suis à vous, ma très-aimable, et je ne trouve debien employé que le temps que je vous donne : tcut cède aumoindre de vos intérêts. Jembrasse ce pauvre comte : dois-jelaimer toujours? en êtes-vous contente?

115. A madame de Grignan.

A Paris, lundi 37 novembre 1673.

Votre lettre, ma chère fdle, me paraît dun style triomphant :vous aviez votre compte quand vous me lavez écrite ; vous aviezgagné vos petits procès ; vos ennemis paraissaient confondus ;vous aviez vu partir votre mari à la tête dun drapello eletto;vous espériez un bon succès dOrange. Le soleil de Provencedissipe au moins à midi les plus épais chagrins; enfin votre hu-meur est peinte dans votre lettre : Dieu vous maintienne danscette bonne disposition ! Vous avez raison de voir, d vous

1 Marie dEste, qui alla : t épouser le duc dYork , frère de Charles H , roi dAn-gleterre.