DE MADAME DK SÉVIGNÉ.
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« l’aurais aimé passionnément s’il m’avait un peu aimée; j’ai« souffert ses mépris avec douleur ; sa mort me touche et me« fait pitié ; j’espérais toujours qu’il changerait de sentiments« pour moi. » Voilà qui est vrai, il n’y a point là de comédie.Madame de Verneuil en est véritablement touchée. Je crois qu’enme priant de lui faire vos compliments, vous en serez quitte.Vous n’avez donc qu’à écrire à la comtesse de Guiche, à ma-dame de Monaco, et à madame de Louvigny. Pour le bon d’Hac-queville, il a eu le paquet d’aller à Frazé, à trente lieues d’ici,annoncer cette nouvelle à la maréchale de Gramont, et lui por-ter une lettre de ce pauvre garçon, lequel a fait une grandeamende honorable de sa vie passée, s’en est repenti, en a de-mandé pardon publiquement ; il a fait demander pardon à Tar-des, et lui a mandé mille choses qui pourront peut-être lui êtrebonnes. Enfin il a fort bien fini la comédie, et laissé une richeet heureuse veuve. La chancelière a été si pénétrée du peu oupoint de satisfaction, dit-elle, que sa petite-fille a eu pendantson mariage, qu’elle ne va songer qu’à réparer ce malheur : ets’il se rencontrait un roi d’Éthiopie, elle mettrait jusqu’à sonpatin, pour lui donner sa petite-fille. Nous ne voyons point demari pour elle; vous allez nommer, comme nous, M. de Marsil-lac : elle ni lui ne veulent point l’un de l’autre ; les autres ducssont trop jeunes : M. de Foix est pour mademoiselle de Roque-laure. Cherchez un peu de votre côté, car cela presse. Voilà ungrand détail, ma chère petite; mais vous m’avez dit quelquefoisque vous les aimiez.
L’affaire d’Orange fait ici un bruit très-agréable pour M. deGrignan : celte grande quantité de noblesse qui l’a suivi par leseul attachement qu’on a pour lui; cette grande dépense, cetheureux succès, car voilà tout; tout cela fait honneur et donnede la joie à ses amis, qui ne sont pas ici en petit nombre. Leroi dit à souper : « Orange est pris, Grignan avait sept cents« gentilshommes avec lui ; on a tiraillé du dedans, et enfin on« s’est rendu le troisième jour : je suis-fort content de Grignan. »On m’a rapporté ce discours, que La Garde sait encore mieux quemoi. Pour notre archevêque de Reims, je ne sais à qui il enavait; La Garde lui pensa parler de la dépense. Bon ! dit-il, de ladépense, voilà toujours comme on dit; on aime à se plaindre.—Mais, monsieur, lui dit-on, M. de Grignan ne pouvait pas s’en dis-penser, avec tant de noblesse qui était venue pour l’amour delui. — Dites pour le service du roi. — Monsieur, répliqua-t-on,il est vrai; mais il n’y avait point d’ordre, et c’était pour suivreM. de Grignan, à l’occasion du service du roi, que toute cette as-semblée s’est faite. Enfin, ma fille, cela n’est rien; vous savezque d’ailleurs il est très-bon ami : mais il y a des jours où la