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LETTRES
bile domine, et ces jours-là sont malheureux. On me mande desnouvelles de nos états de Bretagne. M. le marquis de Coëtquen lefils a voulu attaquer M. d’Harouïs, disant qu’il était seul riche,pendant que toute la Bretagne gémissait ; et qu’il savait des gensqui feraient mieux que lui sa charge. M. Boucherat, M. de Lavar-din et toute la Bretagne l’ont voulu lapider, et ont eu horreur deson ingratitude, car il a mille obligations à M. d’Harouïs. Surcela il a reçu une lettre de madame de.Rohan qui lui mande devenir à Paris, parce que M. de Chaulnes a ordre de lui défendred’être aux états; de sorte qu’il est disparu la veille de l’arrivéedu gouverneur ; il est demeuré en abomination par l’infâme ac-cusation qu’il voulait faire contre M. d’Harouïs. Voilà, ma bonne,ce que vous êtes obligée d’entendre à cause de votre nom.
Je viens de voir M. de Pomponne; il était seul; j’ai été deuxbonnes heures avec lui et mademoiselle Lavocat, qui est très-jolie. M. de Pomponne a très-bien compris ce que nous souhai-tons de lui, en cas qu’il vienne un courrier, et il le fera sansdoute ; mais il dit une chose vraie, c’est que votre syndic serafait avant qu’on entende parler ici de la rupture de votre conseil ;il croit que présentement c’en est fait. De vous conter tout ce quis’est dit d’agréable et d’obligeant pour vous, et quelles aimablesconversations on a avec ce ministre, tout le papier de mon porte-feuille n’y suffirait pas ; en un mot, je suis parfaitement contentede lui ; soyez-le aussi sur ma parole ; il sera ravi de vous voir, etil compte sur votre retour.
Nous avons lu avec plaisir une grande partie de vos lettres ;vous avez été admirée, et dans votre style, et dans l’intérêt quevous prenez à ces sortes d'affaires. Ne me diles donc plus demat de votre façon d’écrire; on croit quelquefois que les lettresqu’on écrit ne valent rien, parce qu’on est embarrassé demille pensées différentes ; mais cette confusion se passe dans latète, tandis que la lettre est nette et naturelle. Voilà comme sontles vôtres. Il y a des endroits si plaisants, que ceux à qui je faisl’honneur de les montrer en sont ravis. Adieu, ma très-aimableenfant ; j’attends votre frère tous les jours ; et pour vos lettres,j’en voudrais à toute heure.
116 . A madame de Grignan.
A Paris, lundi 11 décembre 1673.
Je viens de Saint-Germain, où j’ai été deux jours entiers avecmadame de Coulanges ettVl. de La Rochefoucauld ; nous logionschez lui. Nous limes le soir notre cour à la reine, qui me dit biendes choses obligeantes pour vous ; mais s’il fallait vous dire tousles bonjours, tous les compliments d’hommes et de femmes, vieux