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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

sait notre syndicat, notre procureur, notre gratification, notreopposition, notre délibération, comme elle sait la carte et lesintérêts des princes, cest-à-dire sur le bout du doigt : on lap-pelle le petit ministre; elle est dans tous nos intérêts. Il y a desentractes à nos conversations, que M. de Pomponne appelle destraits de rhétorique, pour captiver la bienveillance des audi-teurs. Il y a des articles dans vos lettres sur lesquels je ne répondspas : il est ordinaire dêtre ridicule, quand on répond de si loin.Vous savez quel déplaisir nous avions de la perte de je ne sais quelleville, lorsquil y avait dix jours quà Paris on se réjouissait que leprince dOrange en eût levé le siège ; cest le malheur de léloigne-ment. Adieu, ma très-aimable : je vous embrasse bien tendrement.

117. A madame de Grignan.

À Paris, jeudi a8 décembre 1673.

Je commence dès aujourdhui ma lettre, et je la finirai demain.Je veux dabord traiter le chapitre de votre voyage de Paris : vousapprendrez par Janet que La Garde estcelui qui la trouvé le plusné-cessaire, et qui a dit quil fallait demander votre congé; peut-être la-t-il obtenu, car Janet a vu M. de Pomponne. Mais ce nest pas, dites-vous, une nécessité devenir ; et le raisonnement que vous me faitesest si fort, et vous rendez si peu considérable tout ce qui le paraitaux autres pour vous engager à ce voyage, que, pour moi, jen suisaccablée ; je sais le ton que vous prenez, ma fille ; je nen ai pointau-dessus du vôtre ; et surtout quand vous me demandez sil estpossible que moi, qui devrais songer plus quune autre à la suitede votre vie, je veuille vous embarquer dans une excessive dé-pense, qui peut donner un grand ébranlement au poids que voussoutenez déjà avec peine-, et tout ce qui suit. Non, mon enfant,je ne veux point vous faire tant de mal, Dieu men garde! Etpendant que vous êtes la raison, la sagesse et la philosophiemême, je ne veux point quon me puisse accuser dètre une mèrefolle, injuste et frivole, qui dérange tout, qui ruine tout, quivous empêche de suivre la droiture de vos sentiments par unetendresse de femme : mais javais cru que vous pouviez faire cevoyage, vous me laviez promis; et quand je songe à ce quevous dépensez à Aix, et en comédiens, et en fêtes, et en repasdans le carnaval, je crois toujours quil vous coûterait moins devenir ici, vous ne serez point obligée de rien apporter. M. dePomponne et M. de La Garde me font voir mille affaires vouset M. de Grignan êtes nécessaires; je joins à cela cette tutelle.Je me trouve disposée à vous recevoir; mon cœur s'abandonneà cette espérance; vous nêles point grosse, vous avez besoinde changer dair : je me flattais même que M. de Grignan vou-drait bien vous laisser avec moi cet été, et quainsi vous ne feriez