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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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* DE MADAME DE SÉVIÜNÉ. 255

cela sest pu faire ; il y a des gardes qui vontet viennent, et tour-nent toute la nuit.

Savez-vous quon parle de la paix? M. de Chaulnes arrive deBretagne, et repart pour Cologne.

. 120. A madame de Grignan.

A Paris, vendredi a6 janvier 1674 -

DHacqueville et La Garde sont toujours persuadés que vousne sauriez mieux faire que de venir : venez donc, ma chèreenfant, et vous ferez changer toutes choses : se me miras, memiran 1 ; cela est divinement bien appliqué : il faut mettre votrecadran au soleil, afin quon le regarde. Votre intendant ne quit-tera pas sitôt la Provence : il a mandé à madame dHerbignyque vous lui faisiez tort de croire que la justice seule le mit dansvos intérêts, puisque votre beauté et votre mérite y avaient part.

11 ny eut personne au bal de mercredi dernier ; le roi et lareine avaient toutes les pierreries de la couronne ; le malheurvoulut que ni Monsieur , ni Madame , ni Mademoiselle, ni mes-dames de Soubise, Sully, dHarcourt, Ventadour, Coëtquen,Grancey, ne purent sy trouver par diverses raisons; ce fut unepitié ; Sa Majesté en était chagrine.

Je revins hier du Mêni, jétais allée pour voir le lendemainM. dAndilly ; je fus six heures avec lui ; jeus toute la joie quepeut donner la conversation dun homme admirable : je vis aussimon oncle de Sévigné-, mais un moment. Ce Port-Royal est uneThébaïde ; cest un paradis ; cest un désert toute la dévotiondu christianisme sest rangée; cest une sainteté répandue danstout le pays à une lieue à la ronde ; il y a cinq ou six solitairesquon ne connaît point, qui vivent comme les pénitents de Saint-Jean-Climaque ; les religieuses sont des anges sur terre. Made-moiselle de Vertus y achève sa vie avec des douleurs inconce-vables et une résignation extrême : tout ce qui les sert, jusquauxcharretiers, aux bergers, aux ouvriers, tout est modeste. Je vousavoue que jai été ravie de voir cette divine solitude, dont ja-vais tant ouï parler ; cest un vallon affreux, tout propre à ins-pirer le goût de faire son salut. Je revins coucher au Mêni, etliier ici, après avoir encore embrassé M.-dAndilly en passant.Je crois que je dînerai demain chez M. de Pomponne ; ce ne sera

lui : cétaient les franges volées, avec un billet attaché sur le paquet, Ton lutces mots : Botitemps , reprends tes franges , la peine en passe le plaisir . Saint-Si-mon était témoin.

' Si tu me regardes, on me regardera. Celte devise avait pour corps un cadransolaire, et faisait allusion au soleil, emblème donné par le roi.

M. d'Andilly et M. de Sévigné sétaient retirés depuis plusieurs années à PorfUoyal des champs.