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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

pas sans parler de son père et de ma fille : voilà deux chapitresqui nous tiennent au cœur. Jattends tous les jours mon fils; ilmécrit des tendresses infinies; il est parti plus tôt, et revientplus tard que les autres ; nous croyons que cela roule sur uneamitié quil a à Sézanne ; mais comme ce nest pas pour épou-ser, je nen suis point inquiète.

11 est vrai que lon a attaqué M. de Villars et ses gens en re-venant dEspagne : cétaient les gens de lambassadeur ( dEs-pagne ) qui revenait de France. Cest un assez ridicule combat;les maîtres sexposèrent, on tirait de tous côtés; il y a eu quel-ques valets de tués. On na point fait de compliments à madamede Villars; elle a son mari, elle est contente. M. de Luxem-bourg est ici; on parle fort delà paix, cest-à-dire selon les dé-sirs de la France , plus que sur la disposition des affaires ; ce-pendant on la peut vouloir de telle sorte quelle se ferait.

Jespère, ma fille, que vous serez plus contente et plus dé-cidée, quand vous aurez votre congé. On ne doute point ici quevotre retour ny soit très-bon : si vous nétiez bien en ce pays,vous vous en sentiriez bientôt en Provence : se me miras, memiran; rien ne peut être mieux dit, il en faut revenir. M. etmadame de Coulanges, la Sanzei et le Bien-bon vous souhaitentavec impatience, et veulent tous, comme moi, que vous ame-niez le coadjuteur, qui vous fortifiera considérablement. Jaifort entretenu La Garde ; vous ne sauriez trop estimer ses con-seils : il parlait lautre jour à Gordes de vos affaires : il les sait,et les range, et les dit en perfection ; il donne un tour admira-ble à tout ce quil faut dire à Sa Majesté ; vous ne pouvez consul-ter personne qui connaisse mieux ce pays-ci que lui.

On est toujours charmé de mademoiselle de Blois et du princede Conli. DHacqueville vous parlera des nouvelles de lEurope,et comme lAngleterre est présentement la grande affaire. CestM. le duc du Maine 1 qui a les Suisses ; ce nest plus M. le comtedu Vexin, lequel, en récompense, a labbaye de Saint-Germaindes Prés.

121. A madame de Grignan.

A Paris, lundi 5 février 1674.

Il y a aujourdhui 3 bien des années, ma fille , quil vint aumonde une créature destinée à vous aimer préférablement àtoutes choses : je prie votre imagination de naller ni à droite,ni à gauche, cet homme-, sire, cétait moi-mfime 3 . Il y euthier trois ans que jeus une des plus sensibles douleurs de ma

1 Louis-Auguste de Uourbon , fils du roi et de madame de Montespan.

> Le 5 février 16*7 , jour de la naissance de madame de Sévigné.

3 Vers de Marot, dans son éphre au roi François l ,r , pour avoir etc desrobé.