DE MADAME DK SÉV1ÜNÊ.
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je vais à l'autre, comme le cuisinier de la comédie 1 , je finismieux, car on en rit, et, au bout du compte, que le lendemainmademoiselle de Méri retourne au bon abbé, et lui demande sonavis, bonnement il le lui donnera et la servira, il a ses hu-meurs: quelqu’un est-il parfait? Je vous réponds toujours d’unechose, c'est qu’il n’y aura qu’à rire de leurs disputes, tant quej’en serai témoin.
Adieu, ma très-chère enfant, je ne sais point de nouvelles.Notre cardinal se porte très-bien ; écrivez-lui, et qu’il ne s’a-muse point à ravauder et répliquer à Rome; il faut qu’il obéisse,et qu’il use ses vieilles calottes, comme dit le gros abbé (de Pont-carré] l, qui se plaint de votre silence. M. de La Rochefoucauldvous mande que sa goutte est si parfaitement revenue, qu’ilcroit que la pauvreté reviendra aussi; du moins il ne sent pointle plaisir d’être riche avec les douleurs qui le font mourir. Jevous embrasse mille fois.
126. A madame de Grignan.
A Paris, vendredi 19Juillet 1G75.
Devinez d’où je vous écris, ma fille : c’est de chezM. de Pom-ponne; vous vous en apercevrez par le petit mot que madame deVins vous dira ici. J’ai été avec elle, l’abbé Arnauld et d’Hac-queville, voir passer la procession de Sainte-Geneviève; nousen sommes revenus de très-bonne heure, il n’était que deuxheures; bien des gens n’en reviendront que ce soir. Savez-vousque c’est une belle chose que cette procession? Tous les diffé-rents religieux, tous les prêtres des paroisses, tous les chanoi-nes de Notre-Dame, et M. l’archevêque pontifieslement, qui vaà pied, bénissant à droite et à gauche jusqu’à la métropole; iln’a cependant que la main gauche ; et à la droite, c’est l’abbé deSainte-Geneviève, nu-pieds, précédé de cent cinquante reli-gieux, nu-pieds aussi, avec sa crosse et sa mitre, comme l’ar-chevêque , et bénissant de même, mais modestement et dévote-ment, et à jeun, avec un air de pénitence qui fait voir que c’estlui qui va dire la messe dans Notre-Dame.
Le parlement en robes rouges, et toutes les compagnies su-périeures , suivent cette châsse, qui est brillante de pierreries,portée par vingthommes habillés de blanc, nu-pieds. On laisseen ôtage à Sainte-Geneviève le prévôt des marchands et quatreconseillers, jusqu’à ce que ce précieux trésor y soit revenu.Vous allez me demander pourquoi on a descendu cette châsse :c’était pour faire cesser la pluie, et pour demander le chaud.L’un et l’autre étaient arrivés au moment qu’on a eu ce dessein;
1 Allusion à la scène de maître Jacques, cuisinier d’Ilarpa^on , qui travaille Aréconcilier celui-ci avec son fils, dans L'Avare de Molière, acte IV, scène iv.