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LETTRES
ennuyeuse ; il vaut mieux reverdir que d'ètre toujours vert.Corbinelli dit qu’il n’y a que Dieu qui doive être immuable;toute autre immutabilité est une imperfection : il était bien entrain de discourir aujourd’hui. Madame de La Troclie et le prieurde Livry étaient ici ; il s’est bien diverti à leur prouver tousles attributs de la divinité. Adieu, ma très-aimable, je vousembrasse; mais quand pourrai-je vous embrasser de plusprès? La vie est si courte! ah! voilà sur quoi il ne faut pas s’ar-rêter : c’est maintenant vos lettres que j’attends avec impa-tience.
123. A madame de Grîgnan.
A Paris, vendredi 12 juillet 1675.
C’est une des plus belles chasses qu’il est possible de voir, quecelle que nous faisons après M. de B... et M. de M... Ils courent,ils se relaissent, ils se forlongent, ils rusent; mais nous som-mes toujours sur la voie ; nous avons le nez bon, et nous lespoursuivons toujours ; si jamais nous les attrapons, comme jel’espère, je vous assure qu’ils seront bien bourrés; et puis jevous promets encore que, suivant le procédé noble des lévriers,nous les laisserons là pour jamais, et n’y toucherons pas. Jevous manderai la fin de tout ceci : je ne pense pas à quitter cetteaffaire, mais comme je vous empêche, sur l’amitié, d’être leplus grand capitaine du monde, l’abbé (de Coulanges) m’empêched’être la personne la plus agitée et la plus occupée de vos af-faires ; il m’efface par son activité ; il est vrai qu’étant jointe àson habileté, il doit battre plus de pays que moi ; il le fait aussi,et dès sept heures du malin il sort pour consulter les mots, lespoints et les virgules de cette Iransaction. Au reste, il y a quel-quefois des disputes avec mademoiselle de Méri; mais savez-vous ce qui les cause? c’est assurément l’exactitude de l’abbé,beaucoup plus que l’intérêt ; mais quand l’arithmétique est of-fensée, et que la règle de deux et deux font quatre est blessée enquelque chose, le bon abbé est hors de lui; c’est son humeur,il le faut prendre sur ce pied-là : d’un autre côté, mademoi-selle de Méri a un style tout différent; quand, par esprit ou parraison, elle soutient un parti, elle ne Unit plus, elle le pousse;l’abbé se sent suffoqué par un torrent de paroles; il se met encolère, et en sort par faire l’oncle, et dire qu’on se taise : on luidit qu’il n’a point de politesse: politesse est un nouvel outrage,et tout est perdu; on ne s’entend plus; il n’est plus question del’affaire ; ce sont les circonstances qui sont devenues le princi-pal ; en même temps je me mets en campagne, je vais à l’un,