DfcJUDAME DE SÉVIÜNÊ.
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s’y connaître; ce qu’il y a à faire, c’est de l’en remercier toutbonnement, et ne pas lui donner la mortification de croire quel’on n’est pas charmé de son présent : il ne faut pas aussi vousfigurer que ce présent soit autre chose, selon lui, qu’une purebagatelle, dont le refus serait une très-grande rudesse. Je m’envais l’en remercier en attendant votre lettre. Quand je vous aiproposé de lui conseiller de s’amuser à écrire son histoire, c’estqu’on m’avait dit de le lui conseiller de mon côté, et que tousses amis ont voulu être soutenus, afin qu’il parût que tous ceuxqui l’aiment sont dans le même sentiment.
Madame la grande-duchesse et madame de Sainte-Même 1 ontfort parlé ici de votre beauté. J’aurais vu cette princesse, sansnotre voyage de Pomponne : tout le monde la trouve commevous l’avez représentée, c’est-à-dire d’une tristesse effroyableMadame de Montmartre * alla s’emparer d’elle à Fontainebleau :on lui prépare une affreuse prison.
Madame de Montlouet a la petite vérole; les regrets de sa fillesont infinis ; et la mère est au désespoir de ce que sa fille neveut point la quitter pour aller prendre l’air, comme on lui or-donne : pour de l’esprit, je pense qu’elles n’en ont pas du plustin-; mais pour des sentiments, ma belle, c’est tout comme cheznous, et aussi tendres et aussi naturels. Vous me dites des cho-ses si extrêmement bonnes sur votre amitié pour moi, et à quelrang vous la mettez, qu’en vérité je n’ose entreprendre de vousdire combien j’en suis touchée, et de joie, et de tendresse, et de re-connaissance ; mais vous le comprendrez aisément, puisque vouscroyez savoir àquel point je vous aime : le dessous de voscartes estagréable pour moi. M. de Pomponne disait, en demeurant d’ac-cord, que rien n’est général : « Il paraît que madame de Sévigné« aime passionnément madame de Grignan ? Savez-vous le des-« sous des cartes ? voulez-vous que je vous le dise ? c’est qu’elle« l’aime passionnément. » Il pourrait y ajouler, à mon éternellegloire, et qu’elle en est aimée.
J’ai le paquet de vos soies ; je voudrais bien trouver quelqu’unqui vous le portât; il est trop petit pour les voitures, et tropgros pour la poste : je crois que j’en pourrais dire autant decette lettre. Adieu, ma très-aimable et très-chère enfant; je nepuis jamais vous trop aimer : quelques peines qui soient atta-chées à cette tendresse, celle que vous avez pour moi mériteraitencore plus, s’il était possible.
* Femme du premier écuyer de la grandoduches.se de Toscane.
’ Franroise-Renée de Lorraine de Guise, abbesse de Montmartre.