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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTllES

Il est bien dur à M. de Lavardin davoir acheté une chargequatre cent mille francs, pour obéir à M. de Forbin; car encoreM. de Chaulnes conserve l'ombre du commandement. Madamede Lavardin et M. dHarouïs sont mes boussoles : ne soyez pointen peine de moi, ma très-chère, ni de ma santé ; je me purgeraiaprès le plein de la lune, et quand on aura des nouvelles dAl-lemagne. Adieu, ma chère enfant ; je vous aime si passionné-, ment, que je ne pense pas quon puisse aller plus loin ; si quel-quun souhaitait mon amitié, il devrait être content que jelaimasse seulement autant que j'aime votre portrait.

130. Au comte de Bussy.

A Paris, le 6 août 1675.

Je ne vous parle plus du départ de ma fille, quoique jy pensetoujours, et que je ne puisse jamais bien maccoutumer à vivresans elle : mais ce chagrin ne doit être que pour moi. Vous medemandez je suis, comment je me porte, et à quoi je ma-muse. Je suis à Paris, je me porte bien, et je mamuse à des ba-gatelles. Mais ce style est un peu laconique, je veux létendre.

Je serais en Bretagne, jai mille affaires, sans les mouve-ments de cette province, qui la rendent peu sûre. Il y va sixmille hommes commandés par M. de Forbin. La question est desavoir leffet de cette punition. Je lattends ; et si le repentirprend à ces mutins, et quils rentrent dans leur devoir, je re-prendrai,le fil de mon voyage, et jy passerai une partie delhiver.

Jai bien eu des vapeurs ; et celte belle santé, que vous avez vuesi triomphante, a reçu quelques attaques dont je me suis trou-vée humiliée, comme si javais reçu un affront.

Pour ma vie, vous la connaissez aussi. On la passe avec cinqou six amies dont la société plaît, et à mille devoirs à quoi onest obligée, et ce nest pas une petite affaire. Mais ce qui mefâche, cest quen ne faisant rien les jours se passent, et lonvieillit, et lon meurt. Je trouve cela bien mauvais. La vie esttrop courte : à peine avons-nous passé la jeunesse, que nousnous trouvons dans la vieillesse. Je voudrais quon eût cent ansdassurés, et le reste dans lincertitude. Ne le voulez-vous pasaussi, mon cousin? Mais comment pourrions-nous faire? Manièce sera de mon avis, selon le bonheur ou le malheur quelletrouvera dans son mariage : elle nous en dira des nouvelles, ouelle ne nous en dira pas. Quoi quil en soit, je sais bien quil nya point de douceur, de commodité, ni dagrément, que je ne luisouhaite dans ce changement de condition. Jen parle quelque-fois avec ma nièce la religieuse ; je la trouve très-agréable, et

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