DE MADAME DE SÉV(GNÊ.
237
dis la joie que vous aviez de n’être plus mêlée dans les sotiesquerelles de Provence : il en rit, et de la raison de votre sagesse ;il souhaiterait que les Bretons s’amusassent à se haïr, plutôt qu’àse révolter. J’ai vu madame de Rouillé chez elle : je la trouvaitoujours aimable; je croyais être à Aix; je voudrais fort safille 1 , mais elle a de plus grandes idées. Adieu, ma très-chèreet três-aimée. Madame de Verneuil et la maréchale de Castelnauviennent d'admirer votre portrait : on l’aime tendrement, et iln’est pas si beau que vous. C’est à M. de Grignan, que j’em-brasse, à qui j’envoie la relation aussi bien qu’à vous.
133. A madame de Grignan.
A Paris, vendredi i6août 1675.
Je voudrais mettre tout ce que vous m’écrivez de M. de Turennedans une oraison funèbre : vraiment votre style est d’une énergieet d’une beauté extraordinaire; vous étiez dans les bouffées d’é-loquence que donne l’émotion de la douleur. Ne croyez point,ma fille, que son souvenir soit déjà fini dans ce pays-ci; ce fleuve,qui entraîne tout, n’entraîne pas sitôt une telle mémoire; elle estconsacrée à l’immortalité. J’étais l’autre jour chez M. de La Ro-chefoucauld avec madame de Lavardin, madame de La Fayetteet M. de Marsillac.M. le Premier y vint: la conversation dura deuxheures sur les divines qualités de ce véritable héros : tous les yeuxétaient baignés de larmes, et vous ne sauriez croire comme ladouleur de sa perte ôtait profondément gravée dansles cœurs : vousn’avez rien par-dessus nous que le soulagement de soupirer touthaut et d’écrire son panégyrique. Nous remarquions une chose,c’est que ce n’est pas depuis sa mort que l’on admire la grandeurde son cœur, l’étendue de ses lumières et l’élévation de son ame ;tout le monde en ôtait plein pendant sa vie ; et vous pouvez pen-ser ce que fait sa perte par-dessus ce qu’on était déjà; enfin necroyez point que cette mort soit ici comme celle des autres.Vous pouvez en parler tant qu’il vous plaira, sans croire quela dose de votre douleur l’emporte sur la nôtre. Pour son ame,c’est encore un miracle qui vient de l’estime parfaite qu’on avaitpour lui : il n’est pas tombé dans la tête d’aucun dévot qu’ellene fût pas en bon état ; on ne saurait comprendre que le malet le péché pussent être dans son cœur; sa conversion si sin-cère nous a paru comme un baptême; chacun conte l’innocencede ses mœurs, la pureté de ses intentions, son humilité éloignéede toute sorte d’affectation, la solide gloire dont il était plein ,sans faste et sans ostentation, aimant la vertu pour elle-même,sans se soucier de l’approbation des hommes; une charité
1 Pour M. de Sévignt?.
1 7