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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉV(GNÊ.

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dis la joie que vous aviez de nêtre plus mêlée dans les sotiesquerelles de Provence : il en rit, et de la raison de votre sagesse ;il souhaiterait que les Bretons samusassent à se haïr, plutôt quàse révolter. Jai vu madame de Rouillé chez elle : je la trouvaitoujours aimable; je croyais être à Aix; je voudrais fort safille 1 , mais elle a de plus grandes idées. Adieu, ma très-chèreet três-aimée. Madame de Verneuil et la maréchale de Castelnauviennent d'admirer votre portrait : on laime tendrement, et ilnest pas si beau que vous. Cest à M. de Grignan, que jem-brasse, à qui jenvoie la relation aussi bien quà vous.

133. A madame de Grignan.

A Paris, vendredi i6août 1675.

Je voudrais mettre tout ce que vous mécrivez de M. de Turennedans une oraison funèbre : vraiment votre style est dune énergieet dune beauté extraordinaire; vous étiez dans les bouffées dé-loquence que donne lémotion de la douleur. Ne croyez point,ma fille, que son souvenir soit déjà fini dans ce pays-ci; ce fleuve,qui entraîne tout, nentraîne pas sitôt une telle mémoire; elle estconsacrée à limmortalité. Jétais lautre jour chez M. de La Ro-chefoucauld avec madame de Lavardin, madame de La Fayetteet M. de Marsillac.M. le Premier y vint: la conversation dura deuxheures sur les divines qualités de ce véritable héros : tous les yeuxétaient baignés de larmes, et vous ne sauriez croire comme ladouleur de sa perte ôtait profondément gravée dansles cœurs : vousnavez rien par-dessus nous que le soulagement de soupirer touthaut et décrire son panégyrique. Nous remarquions une chose,cest que ce nest pas depuis sa mort que lon admire la grandeurde son cœur, létendue de ses lumières et lélévation de son ame ;tout le monde en ôtait plein pendant sa vie ; et vous pouvez pen-ser ce que fait sa perte par-dessus ce quon était déjà; enfin necroyez point que cette mort soit ici comme celle des autres.Vous pouvez en parler tant quil vous plaira, sans croire quela dose de votre douleur lemporte sur la nôtre. Pour son ame,cest encore un miracle qui vient de lestime parfaite quon avaitpour lui : il nest pas tombé dans la tête daucun dévot quellene fût pas en bon état ; on ne saurait comprendre que le malet le péché pussent être dans son cœur; sa conversion si sin-cère nous a paru comme un baptême; chacun conte linnocencede ses mœurs, la pureté de ses intentions, son humilité éloignéede toute sorte daffectation, la solide gloire dont il était plein ,sans faste et sans ostentation, aimant la vertu pour elle-même,sans se soucier de lapprobation des hommes; une charité

1 Pour M. de Sévignt?.

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