LETTRES
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d’ici à demain. La Marbeuf ne reviendra plus ici; elle démêleses affaires pour s’aller établir à Paris. J’avais pensé que made-moiselle de Méri 1 ferait très-bien de louer une maison avec elle ;c’est une femme très-raisonnable, qui veut mettre sept ou huitcents francs à une maison ; elles pourront ensemble en avoirune de onze à douze cents livres; elle a un bon carrosse, ellene serait nullement incommode, et on n’aurait de société avecelle qu’autant que l’on voudrai! ; elle serait ravie de me plaire,et d’être dans un lieu où elle me pourrait voir, car c’est une pas-sion qui pourtant ne la rend point incommode. Il faudrait que,d’ici à Pâques, mademoiselle de Méri demandât une chambre àl’abbé d’Effiat : j’ai jeté tout cela dans la tête de La Troclie.
Je trouve, ma très-chère, que je vous réponds assez souventpar avance, comme Trivelin, et sur ma santé, et sur M. de Vins :vous n’attendez point trois semaines. La réflexion est admirable,qu’avec tous nos étonnements de nos lettres que nous recevonsdu trois au onze, c’est neuf jours; il nous f.iut pourtant troissemaines, avant que de dire: Je me porte bien, à votre service.
Vous êtes étonnée que j’aie un petit chien ; voici l’aventure.J’appelais, par contenance, une chienne courante d’une mada-me qui demeure au bout de ce parc. Madame de Tarente me dit :Quoi ! vous savez appeler un chien ? je veux vous en envoyerun le plus joli du monde. Je la remerciai, et lui dis la résolu-tion que j’avais prise de ne me plus engager dans cette sottise :cela se passe, on n’y pense plus; deux jours après je vois en-trer un valet de chambre avec une petite maison de chien, toutepleine de rubans, et sortir de cette jolie maison un petit chientout parfumé, d’une beauté extraordinaire, des oreilles, dessoies, une haleine douce, petit comme Sylphide, hlondin commeun blondin ; jamais je ne fus plus étonnée, ni plus embarrassée :je voulus le renvoyer, on ne voulut jamais le reporter: la femmede chambre qui l’avait élevé en a pensé mourir de douleur. C’estMarie * qu’aime le petit chien ; il couche dans sa maison et dansla chnmbre .de Beaulieu ; il ne mange que du pain ; je ne m’yattache point, mais il commence à m’aimer; je crains de suc-comber. Voilà l’histoire que je vous prie de ne point mander àMarphise 8 , car je crains ses reproches : au reste, une propretéextraordinaire ; il s’appelle Fidèle; c’est un nom que les amantsde la princesse n’ont jamais mérité de porter ; ils ont été pour-tant d’un assez bel air; je vous conterai quelque jour ses aven-tures. Il est vrai que son style est tout plein d’évanouissements,et je ne crois pas qu’elle ait eu assez de loisir pour aimer sa fille,
' Sœur du marquis de La Trousse, cousine germaine de madame de Sévigné.
1 Une des femmes de chambre de madame de Sévigné.
3 Petite chienne que madame de Sévigné avait laissée à Paris.