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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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I.F.TTHES

roué vif un homme à Rennes (cest le dixième), qui confessadavoir eu dessein de tuer ce gouverneur : pour celui-, il mé-ritait bien la mort. Les médecins de ce pays ne seront pas sicomplaisants que ceux de Provence, qui accordent par respectà M. de Grignan quil a la lièvre ; ceux-ci compteraient pour rienla fièvre pourprée à M. de Chaulnes, et nulle considération nepourrait leur faire avouer que son mal fût dangereux. On voulait,en exilant le parlement, le faire consentir, pour se racheter,quon bâtit une citadelle à Rennes; mais cette noble compagnievoulut obéir fièrement, et partit plus vite quon ne voulait ; cartout se tournerait en négociation ; mais on aime mieux les mauxque les remèdes.

Notre cardinal est à Commerci comme à lordinaire ; le papene lui laisse pas la liberté de suivre son goût. Lintendante est-elle avec vous? Vous me direz oui ou non dans trois semaines.Ah ! ma fille, vous avez eu trop bonne opinion de moi à la Tous-saint ; ce fut le jour queM. Boucherai et son gendre vinrent dî-ner ici, de sorte que je ne lis point mes dévotions. La princesseétait à loraison funèbre de Scaramouche, faisant honte aux ca-tholiques : cette vision est fort plaisante. Je souhaite fort queM. larchevêque fasse le mariage qui vous est si bon. Je croisque mon fils sen va dans les quartiers de fourrages, qui signi-fient bientôt après ceux dhiver.

Je veux quen mon absence M. de Coulanges vous mande decertaines choses quon aime à savoir. Vous me proposez pourrégime une nourriture bien précieuse ; je ne vous réponds pastout-à-fait de vous obéir ; mais, en vérité, je ne mange pas beau -coup, je ne regarde pas les châtaignes, je ne suis point du toutengraissée ; mes promenades de toutes façons mempêchent deprofiter de mon oisiveté. Mademoiselle de Noirmoutiers sappel-lera madame de Royan ; vous dites vrai, le nom dOIonne esttrop difficile à purifier. Adieu , ma chère enfant ; vous êtes doncpersuadée que jaime ma fille plus que les autres mères : vousavez raison, vous êtes la chère occupation de mon cœur, et jevous promets de nen avoir jamais dautre, quand même je trou- .verais en mon chemin une fontaine de Jouvence. Pour vous, matille, quand je songe comme vous avez aimé le chocolat, je nesais si je ne dois point trembler; puis-je espérer dêtre plus ai-mable, et plus parfaite, et plus toutes sortes de choses ? Il vousfaisait battre le cœur ; peut-on se vanter de quelque fortune pa-reille? vous devriez me cacher ces sortes dinconstances. Adieu,ma très-chère comtesse ; mandez-moi si vous dormez, si vousnêtes point bresillée, si vous mangez, si vous avez le teint beau,si vous navez point mal à vos belles dents : mon Dieu ! que jevoudrais bien vous voir et vous embrasser!