DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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bon, il faut que ce soit pour venir ici avec moi ; nous y passe-rons le reste de l’été et l’automne ; vous me gouvernerez, vousme consolerez; et M. de Grignan vous viendra voir cet hiver,et fera de vous à son tour tout ce qu’il trouvera à propos. Voilàcomme on fait une visite à une mère que l’on aime, voilà letemps que l’on lui donne, voilà comme on la console d’avoir étébien malade, et d’avoir encore mille incommodités, et d’avoirperdu la jolie chimère de se croire immortelle * : elle commenceprésentement à se douter de quelque chose, et se trouve humi-liée jusqu’au point d’imaginer qu’elle pourrait bien un jour pas-ser dans la barque comme les autres, et que Caron ne fait pointde grâce. Enfin, au lieu de ce voyage de Bretagne que vous aviezune si grande envie de faire, je vous propose et vous demandecelui-ci.
Mon fils s’en va, j’en suis triste, et je sens cette séparation.On ne voit à Paris que des équipages qui partent : les cris sur ladisette d’argent sont encore plus vifs qu’à l’ordinaire ; mais il nedemeurera personne, non plus que les années passées. Le che-valier est parti sans vouloir me dire adieu ; il m’a épargné unserrement de cœur, car je l’aime sincèrement. Vous voyez quemon écriture prend sa forme ordinaire : toute la guérison de mamain se renferme dans l’écriture ; elle sait bien que je la quit-terai volontiers du reste d’ici à quelque temps. Je ne puis rienporter; une cuiller me paraît la machine du monde, et je suisencore assujettie à toutes les dépendances les plus fâcheuses etles plus humiliantes que vous puissiez vous imaginer : mais jene me plains de rien, puisque je vous écris. La duchesse deSault me vient voir comme une de mes anciennes amies; je luiplais : elle vint la seconde fois avec madame de Brissac ; quelcontraste ! il faudrait des volumes pour vous conter les proposde cette dernière : madame de Sault vous plairait et vous plaira.Je garde ma chambre très-fidèlement, et j’ai remis mes Pâquesà dimanche, afin d’avoir dix jours entiers à me reposer. Madamede Coulanges apporte au coin de mon feu les restes de sa petitemaladie : je lui portai hier mon mal de genou et mes pantou-fles. On y envoya ceux qui me cherchaient ; ce fut des Schom-berg, des Senneterre, des Cœuvre, et mademoiselle de Méri,que je n’avais point encore vue. Elle est, à ce qu’on dit, très-bien logée; j’ai fort envie de la voir dans son château. Ma mainveut se reposer, je lui dois bien cette complaisance pour cellequ’elle a pour moi.
C'é(ait la première maladie de madame de Sdvijjné.